Haïti : la présidentielle, le choléra et les gravats…

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La Minustah ou le choléra… Signe d’un profond désespoir, les étudiants qui ont manifesté à Cap-Haïtien, à Hinche, à Port-au-Prince, qui ont scandé des slogans hostiles à l’ONU tels «la Minustah doit partir», «la Minustah a apporté le choléra à Haïti», qui ont érigé des barricades à l’aide de pneus brûlés, qui ont pris pour cible des centres de traitement d’ONG, en sont convaincus, Haïti n’a plus d’autre choix : la Minustah ou le choléra, la peste ou le choléra…

D’ici quelques jours, des artistes, des écrivains et des intellectuels haïtiens devraient rendre publique un appel dans lequel ils demanderont «la fin de l’occupation» d’Haïti. «Nous voulons, dit l’un des signataires, que soit mis fin à cette occupation larvée et à cette gestion des affaires du pays sans vision et sans idéal.»

Des responsables onusiens à Port-au-Prince ont laissé entendre que les manifestations sont «clairement orchestrées». La rumeur a même circulé dans les quartiers de la capitale : le chef d’orchestre loge dans le Palais présidentiel… «Le mouvement de colère est bien organisé, dit un humanitaire français. Dans les camps on ne perçoit pas de violences ou de tensions.» «Que les poids lourds en lice pour les législatives et la présidentielle du 28 novembre soient tentés d’utiliser le chaos ambiant et d’instrumentaliser les jeunes, poursuit-il, c’est criminel car ces affrontements compromettent l’activité des ONG et des services de santé haïtiens.»

Le report des élections de ce dimanche a été une des revendications des manifestants… Cet ajournement souhaité aurait-il été une solution, et à quoi ? Haïti a besoin plus que jamais d’un pouvoir légitimé par les urnes pour faire face à une situation explosive. Pour réhabiliter et remettre au travail les institutions de l’Etat. Pour reconstruire un pays, avec le soutien de la communauté internationale. Pour ne pas tourner le dos aux Haïtiens eux-mêmes.

Mais le scrutin sera-t-il vraiment libre et transparent ? Ces mots ont-ils même un sens dans les conditions de vie actuelles d’une très grande majorité des citoyens haïtiens ? Qui plus est, nombre d’entre eux n’ont pu retirer leur carte d’électeur…

A quelques heures du vote, quel est le bilan ? Un candidat a été visé par un attentat, deux sympathisants de tel autre ont été tués, un cortège a été pris pour cible, des armes circulent etc. La rumeur de la fabrication de 500.000 faux bulletins de vote est persistante. Ailleurs la carte d’électeur se revend à 4 dollars américain… Et puis il y a ces longues files d’attente – malgré le choléra, malgré tout, pour s’inscrire sur les registres…

«Il faut aider Haïti, tout de suite, très vite et encore plus, dit un médecin. Pour ne pas donner raison à ceux qui n’y croient plus, qui ont déjà baissé les bras et qui pensent que la meilleure solution pour le pays serait aujourd’hui un départ de tous les secours, de toutes les ONG, de la Croix-Rouge etc.»

MSF et OCHA n’ont pas dit autre chose le vendredi 19 novembre : la réponse de la communauté internationale à l’épidémie n’est pas adaptée. Le chef de mission de MSF en Haïti, Stefano Zannini, a appelé « tous les groupes et organismes d’aide présents en Haïti à renforcer l’ampleur et la rapidité de leurs efforts». Stefano Zannini a même – à mots à peine voilés, dénoncé l’attitude de certaines ONG qui n’affronteraient pas de face le choléra.

Le chef de mission, soulignant l’absence de coordination entre tous les intervenants, a déclaré que «l’heure n’est plus aux réunions et aux discussions, mais à l’action». Sinon, aurait-il pu ajouter, la communauté internationale donnera très vite raison à aux manifestants qui réclament «la fin de l’occupation»…

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn est journaliste à RFI.