Institut Panos Paris : atelier de formation de journalistes sur les questions migratoires

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L’institut Panos Paris, en partenariat avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest et la Fondation Orient Occident, a organisé au Maroc du 2-6 juillet dernier, le premier d’une série de 16 ateliers consacrés à l’information et au renforcement des capacités de journalistes sur les questions migratoires. 11 journalistes ont pu profiter de ces cinq jours à l’Est du pays pour parfaire leur connaissance du sujet, échanger avec des professionnels travaillant dans le domaine et enquêter sur le terrain.

En mai 2011, l’Institut Panos Paris lançait un nouveau projet baptisé Sans papiers sans clichés, mieux informer sur les migrations à l’occasion d’un séminaire à Casablanca réunissant 35 rédacteurs en chef issus de sept pays : Algérie, Espagne, France, Mali, Maroc, Mauritanie et Sénégal. Développé en partenariat avec l’Institut Panos Afrique de l’Ouest et financé par l’Union européenne et la Coopération bilatérale suisse, ce projet avait pour ambition de renforcer durablement les capacités des journalistes à informer sur les sujets migratoires ainsi qu’à permettre aux migrants de faire entendre leur voix.

Les activités de formation de journalistes constituent un aspect clé de ce projet. Elles ont été programmées, sur la durée totale de mise en œuvre (2011-2013), dans l’ensemble des sept pays ainsi qu’en Tunisie, où ces activités seront réalisées avec le soutien du Bureau de programme suisse à Tunis. Dans chaque pays, la « recette » est identique : deux ateliers sont réalisés à un an d’intervalle impliquant 12 journalistes, huit originaires du pays où se tient l’atelier et quatre provenant d’autres pays du projet. Fin 2013, 96 journalistes auront ainsi pu vivre cette riche expérience au travers de 16 ateliers.

L’atelier organisé à Oujda en juillet dernier a marqué le lancement de ce programme de formation en réunissant sept journalistes marocains issus de la région d’Oujda – l’Oriental – et de Casablanca, un journaliste français, un journaliste malien, une journaliste mauritanienne et un journaliste sénégalais. Issus de différents supports médiatiques : presse papier quotidienne ou hebdomadaire, presse électronique, radio, ces journalistes avaient préalablement été sélectionnés sur la base de leur motivation et de leur intérêt pour la question.

Pendant cinq jours, ce groupe de journalistes hétéroclite a pu, sous la houlette du journaliste et documentariste Thierry Leclère, confronter un apprentissage théorique sur les différentes facettes des mobilités humaines (migration économique, migration saisonnière, migration irrégulière, etc.) à la réalité du terrain d’Oujda. Afin d’enrichir l’expérience, des intervenants qualifiés avaient été également invités : représentants d’autorités nationales/locales, agents d’organisations internationales, juristes, humanitaires et membres de la société civile.

Malgré l’absence – regrettée – des autorités marocaines, les journalistes ont pu appréhender le sujet dans sa globalité et, comme les invitait à faire le formateur : « remettre de la complexité là où nous avons l’habitude de simplifier les enjeux ». Les repérages sur le terrain puis les temps d’enquête, en individuel ou par petits groupes, ont par la suite permis aux journalistes de mettre en perspective les discours de chacun avec le témoignage de populations en mobilités, notamment des migrants irréguliers originaires de nombreuses régions du continent africain.

Les journalistes ont pu mesurer combien les questions éthiques (faut-il citer l’origine éthique ou nationale d’un migrant ? faut-il donner la parole aux racistes ? faut-il payer pour une information ?[1]) et juridiques (l’anonymat, le droit à l’image), longuement débattues pendant les deux premiers jours de formation, cadrent fortement le rapport entre les migrants et eux-mêmes lors des travaux de collecte de témoignage. Face à des situations de forte détresse humaine, ils ont également pu observer dans quel mesure la juste pratique journalistique exige de leur part une vraie rigueur et un respect total de la déontologie de leur métier.

Au sortir de ces cinq jours et une fois de retour dans leur média, chacun des journalistes formé a réalisé, sans tarder, une production consacrée à un aspect des migrations observé à Oujda[2]. Ces articles et reportages diffusés à leur lectorat/audience dans les deux semaines suivant la formation, témoignent aussi du souci de professionnalisation partagé à Oujda. En attendant, d’autres journalistes se préparent à vivre d’ici à la fin de l’année cette expérience. Les premiers partiront du 3 au 7 septembre à Dakar, puis ce sera à Bamako, Nouakchott, ou encore Zarzis.

 

(1) Couvrir les migrations, Jean-Paul Marthoz, De Boeck, juin 2011 ; capitalisant fortement sur l’expérience de l’Institut Panos Paris, dans l’organisation d’atelier de formations de journalistes aux questions migratoires, initiée en 2008.
(2) Lien vers les productions