L’Afghanistan, un pays tribal au milieu des enjeux internationaux

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L’Afghanistan, loin, bien loin des clichés véhiculés par les médias, des schématisations réductrices et des comparaisons nébuleuses prolixes… L’ignorance des particularités historiques, religieuses et ethniques du pays induit en erreur l’opinion du public et constitue un obstacle à la solution du conflit. Et les mots que l’on emploie portent en eux-mêmes des jugements définitifs et constituent un filtre déformant des réalités…

D’un point de vue afghan, l’expression “Vietnam”, aujourd’hui, paraîtrait le réemploi – acrobatique – d’une menace proférée par les Moudjahidin à l’attention des Russes durant l’occupation soviétique de l’Afghanistan.

À cette époque, les Russes n’avaient pas encore de raison valable de s’en aller, mais s’enfonçaient dans les cruautés de la guerre civile (représailles, tortures). Que la guerre d’Afghanistan puisse représenter un second Vietnam pour les États-Unis, ce n’est pas encore tout à fait le cas, comme le dit M. Halimi dans l’éditorial du Monde Diplomatique (novembre 2009) : «les Américains ont perdu 800 hommes depuis 2001 (7 ans), mais on est encore loin des 1200 tués par mois infligés aux soldats états-uniens par les Vietnamiens».

Cela dit, M. Obama a promis 34 000 recrues supplémentaires sur le terrain (le contingent US sera fort de 100 000 hommes). Les Soviétiques y ont stationné jusqu’à 114 000 hommes. Les Afghans promirent de faire de leur pays l’équivalent de ce qu’avait été le Vietnam pour les USA : un cauchemar et une tuerie.

Quand on parle d’Afghanistan, depuis la France, on visualise des tribus sauvages en fond d’écran, des Talibans barbares sur l’échiquier politique du terrorisme international, des prisons comme Begram, où sont enfermés de dangereux criminels affidés à al-Qaida ou au mollâ Omar, le tout dans des paysages de montagnes inaccessibles. “Afghan” devient synonyme d’indésirable migrant venu d’un pays sanguinaire et obscurantiste, où la vie est soumise à un pragmatisme fanatique et borné.

C’est en soi commettre une grave iniquité envers une nation où naquirent et grandirent des civilisations prestigieuses qui ont leur place dans la culture mondiale. Les Occidentaux craignent un “déferlement” terroriste sur le monde entier. De fait, de nombreuses nations participent au conflit, pas seulement les Etats-Unis.

La réalité vécue de la population afghane est empreinte d’une grande pauvreté. À moins de tremper du pain dans le thé toute l’année, il faut travailler dur pour survivre et vieillir en Afghanistan. C’est un aspect des inégalités sociales visible lors des famines qui couvent dans ce pays. La misère n’y trouve pas de secours administratif.

Les services publics sont loin de couvrir les besoins de santé et de nutrition des populations rurales, largement majoritaires dans le pays. Les soins hospitaliers sont gratuits, mais les hôpitaux et les médecins, trop rares, du fait de leur éloignement, permettent rarement aux blessés, aux malades ou aux parturientes de réagir à temps.

Et pourtant, l’histoire afghane est longue et remonte aux balbutiements de l’écriture. Cette aire culturelle a vu passer de nombreuses religions, comme zoroastrisme, bouddhisme, manichéisme, mais l’islam s’y est invité depuis des siècles et a englouti les autres croyances. Le sunnisme hanafite y domine. Toutefois, les minorités chiites y abondent, duodécimaines (imâmites) ou ismaéliennes du Centre (Hazara) et de l’Est (Tadjik).

Quelles sont les réalités quotidiennes perçues du côté afghan ? Comment les citoyens et les paysans afghans vivent-ils les opérations de maintien de la paix ? Comment les populations urbaines et rurales sont-elles informées des perspectives de reconstruction envisagées au plan national et international ? À quelles transformations du pays et de la réalité quotidienne ont abouti 7 ans de présence étrangère ?

Pour répondre à ces questions, il faudrait mener des enquêtes de terrain dans chacune des provinces afghanes (30 à 40). On sait que les priorités du gouvernement et de l’aide étrangère sont allées vers la sécurité (formation d’une police et d’une armée nationale, renforcement de l’appareil judiciaire) mais que la dimension de l’aide sociale est éclipsée par les budgets consacrés à l’équipement (routes, ponts, etc.), nanisée par l’énormité des dépenses militaires.

À cela il faut ajouter qu’un découpage du pays a été institué en régions prioritaires pour l’aide humanitaire (les régions de l’Alliance du Nord, formée pour seconder les troupes américaines) et d’autres plus volontiers soumises à l’étau de la guerre (régions pachtounes, de Kandahar à Djalalabad, sur toute la bordure sud-est du pays).

La toxicomanie et le sida sont devenus des préoccupations réelles dans les grandes villes du pays et le danger a gagné les pays voisins, ainsi que des pays plus éloignés (transitaires ou destinataires des stupéfiants). La contrebande touche aussi les bois précieux, les pierres précieuses et semi-précieuses de l’Hindu-Kush, les armes et les munitions. L’artisanat afghan, en dehors des circuits des ateliers des ONGs, semble également sortir en fraude du pays, résultat de prises de guerre ou de pillages et autres cambriolages. Tout cela constitue une sorte de deuxième souffle pour le nomadisme pastoral et caravanier, ce dernier ayant depuis les années 70 cédé la première place au camionnage.

Les étapes historiques de la construction nationale afghane

Afin de discerner les facteurs de paix en Afghanistan, il est nécessaire d’analyser les moteurs des conflits depuis 1978 et de faire le bilan de 31 ans de guerre et de troubles civils. Mais il est également nécessaire de se pencher sur les structures ancestrales du pays et de reconnaître aux coutumes régionales et au droit local un rôle important dans le déroulement et, inévitablement, dans l’achèvement du conflit civil.

Dans la formation nationale afghane, toute tentative d’effacer le rôle des Pachtounes est perdue d’avance. Dans le lexique même, le fait est attesté : pachto/pachtou = afghan : langue indo-européenne du groupe iranien ; afghan (mot d’origine persane – 1804) : langue du groupe iranien oriental. Avant la création de l’État afghan (1747), Pachtoune et Afghan étaient auparavant synonymes, versant iranien, de même que Pachtoune et Pathan, versant indien. On disait aussi Rohila, “montagnard”, dans les armées du Grand Moghol, pour désigner les habitants de l’aire irano-indienne, qui n’était pas encore l’Afghanistan. Ce dernier terme s’appliquait aussi aux Tadjik.

La littérature pachtoune – afghane et pakistanaise – existe depuis le XVI° s. et demeure très vivace aujourd’hui. Avec le dâri, dialecte du persan proche du fârsî, la langue afghane /pashto/ a constitué en Afghanistan le duo toujours premier des langues nationales, reflétant la démographie de leurs locuteurs : Pachtounes 40 à 50%, Farsiwân 35 à 45% selon les statistiques. Ces langues ne sont que la face apparente de l’iceberg, puisque le patrimoine linguistique national afghan comprend 34 langues et dialectes, dont le corpus littéraire est écrit ou se restreint au contraire à l’oralité.

L’origine mythique de la monarchie afghane s’enracine dans le livre des rois de Ferdowsi (932-1020), écrit en persan. Mais elle se déchiffre plus nettement dans les chartes généalogiques des tribus pachtounes d’Afghanistan et du Pakistan (la première fut établie en persan sous le règne de Jahangir – 1605-1627).

Pir Roshan alias Cheikh Bayazid Ansari (1525-1573) créa l’outil indispensable pour l’avènement des lettres pachtounes : une écriture, inspirée des caractères arabes. Dans les siècles qui suivirent, une floraison de poètes composèrent leur divan (/ dîwân), recueil de leurs œuvres. Celles-ci sont restées gravées dans la mémoire des Afghans (et des Pakistanais) : Khoshal Khan Khattak, Rahman Baba, Ahmad Shah, pour ne citer que les trois plus célèbres. Le dernier de ces héros nationaux, Ahmad Shah Baba, fut le fondateur acclamé du pays en 1747. Premier émir d’Afghanistan, il étendit son territoire aux dimensions d’un empire, éphémère. L’émirat indépendant accéda à la reconnaissance diplomatique sous la houlette anglaise, comme État neutre, ravalé au rang d’un buttoir entre les ambitions russo-britanniques du Grand Jeu colonialiste.

Mieux encore, avant de s’essayer à constituer un État dans leur propre patrie, les aristocrates et seigneurs de guerre afghans ont occupé le trône des sultans de Delhi et tenu toutes sortes charges princières, militaires ou administratives sous la suzeraineté turque ou arabe, puis iranienne (Nadir Shah était le patron d’Ahmad Khan, le futur Ahmad Shah), et enfin au service de la cour du Grand Moghol.

La présence de l’islam dans l’histoire et dans la vie quotidienne

Motif d’unité territoriale et nationale, la religion musulmane est l’élément fédérateur de l’État afghan (comme dans toute république islamique) et constitue une référence commune à tous les Afghans, paysans ou citadins. Mais elle est aussi un facteur de division entre courants religieux aux conceptions antagonistes au sujet de l’interprétation et de l’application des normes morales, spirituelles et rituelles instituées par le Coran, la tradition musulmane et l’ethos tribal.

Comme dans tous les pays où le prosélytisme islamiste a précédé l’irruption des armées du Prophète, le chiisme, majoritairement imâmite (duodécimain), mais aussi ismaélien, est présent (respectivement dans les vallées et dans les montagnes du Centre – Hazarajat – et à l’est – Hindu Kush, piémont himalayen).

Partout ailleurs, dans toutes les villes, le sunnisme hanafite, à la base du droit traditionnel de l’État afghan, triomphe. Les mouvements mystiques les plus puissants en Afghanistan sont les confréries soufies (Qâderi ou qâdiriyya et Naqshbandi-yya). Certaines sont liées à l’Inde.

Les richesses linguistiques et culturelles de l’Afghanistan et du Pakistan

Trente-quatre langues et dialectes se côtoient en Afghanistan, reliés à quatre familles de langue : indo-européenne (iraniennes orientales, comme le pashto, le tadjik, le baloutche et autres langues minoritaires), turco-mongole (hazâragi, ouzbek, turkmène), sémitique (arabe, hébreu), dravidienne (brâhuî). Cette diversité ethnique reflète la complexité de la chronologie du peuplement de la région : populations dardes, premiers indo-européens, puis domination afghane/pachtoune au Sud et tadjik au Nord, avant le déferlement des Hiong-Nou (Huns hephtalites ou Huns Blancs), puis le passage des Turcs, des Mongols, des Turkmènes et des Ouzbek.

Cette prolifération des ethnies, surtout dans le Nord du pays, aurait pu affaiblir les tribus pachtounes. Mais il n’en fut rien. Telles les tribus maghzen du domaine berbère, ces tribus pachtounes sont de très longue date dévouées aux intérêts de la couronne afghane, au secours de laquelle, tribus venues d’un côté comme de l’autre de la frontière afghano-pakistanaise, elles volèrent en 1928.

Qu’est-ce qui fait défaut aux tribus pour trouver une représentativité satisfaisante ? Formant une authentique aristocratie semi-nomade, les gentes pachtounes, en dehors des secteurs agricoles et pastoraux, ont aussi développé des dynasties de poètes et de souverains. Certains furent de véritables hommes d’État, comme le météorique Cher Chah Suri (1530-1545).

L’empreinte de la pénétration des intérêts tribaux dans le tissu politique afghan est profonde. Elle est parfois renforcée par la voie d’alliances matrimoniales et politiques. Entre les Duranni de la couronne afghane et l’aristocratie de la tribu royale des Ghilzay Suleyman Khel, de telles alliances avaient été conclues. Mais aussi entre les familles de MM. Ben Laden et Omar.

Jusqu’à présent, les conflits internationaux et les guerres civiles qui ont secoué l’Afghanistan n’ont jamais pris que localement et sporadiquement l’allure d’opérations d’épuration ethnique. En effet, ce qui fait, précisément, la richesse sociale et humaine de ce pays, en termes de patrimoine culturel, c’est le délicat et fragile assemblage des peuples et des civilisations qui habitent l’Afghanistan.

L’ancien régime, limogé en 1973, a favorisé les composantes militaires et policières, princières et dynastiques, de l’État. Traditionnellement, celles-ci ont été alimentées par les familles pachtounes proches du pouvoir légal et historique. Celles-ci apparurent au XVIII°, origine de la formation nationale du pays : Ghilzay et Duranni dans l’ordre chronologique, la prééminence revenant, sur le plan de la durée de règne, haut la main, aux Duranni, qui occupèrent le trône plus de 200 ans, de 1747 à 1973).

Bilan de 7 années de guerre et de “reconstruction” “démocratique”…
Le temps de l’errance et de l’erreur

Faire de l’Afghanistan, un Vietnam, cela voudrait dire pour les Afghans que l’obligation – tribale – de la vengeance des faits de guerre états-uniens doit être appliquée aux forces d’intervention étrangères. Ces dernières sont composées des corps expéditionnaires de l’Opération Liberté Immuable (OLI / OEF – Operation Enduring Freedom), actifs depuis 7 ans dans le cadre de la chasse antiterroriste. Elles ont été rejointes par d’autres, venues pour le maintien de la paix : ISAF / International Security & Assistance Force / Force internationale d’assistance et de sécurité, dépendant de l’OTAN, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord / NATO. Ces troupes font face depuis 2 ans à une grave recrudescence des actes de violence et à une augmentation exponentielle des dommages de guerre, collatéraux ou directs.

291 hommes ont disparu des rangs US depuis janvier 2009. C’est 2 fois plus déjà que sur tout l’an dernier ! Par ailleurs, la dernière élection présidentielle, qui vient de s’achever, fut un fiasco complet au niveau de la démocratisation des institutions.

Si la guerre civile reste fidèle à ses usages ancestraux, elle devrait entrer momentanément en berne pour la traditionnelle trêve hivernale. Qui irait chercher le bois et la nourriture pour les villageoises privées de mari, quand celui-ci est incarcéré ou expédié au paradis des shahids, “martyrs” du djihad ?

La recrudescence de la violence dans ce conflit est flagrante depuis 2 ans. Si parmi les armées étrangères, 2 hommes meurent chaque jour, dans les rangs des rebelles et terroristes ce sont 23 décès quotidiens de shahids qui sont à déplorer. Autrement compté, 322 Talibans ou membres d’al-Qaida tués contre 104 victimes tous les quinze jours, dont 28 soldats étrangers, 41 soldats et policiers afghans ou gardes du corps et 35 civils), d’après le dernier bulletin du CEREDAF (Centre de Recherches et d’Études sur l’Afganistan, n°267, novembre 2009 – nouvelles d’octobre 2009). À ce rythme et sans trêve pascale, en un trimestre, 2000 terroristes auront disparu, 120 soldats des forces d’occupation, 244 agents de sécurité… Quelle est la logique ?

Ce petit “jeu” malsain et maladroit qui consiste à prétendre partir là-bas pour apprendre aux meilleurs guerriers du monde comment organiser l’armée et aux plus radicaux partisans de l’acéphalie les ressorts policiers et juridiques de la démocratie, quelle prétention! Cette farce, si elle rapporte gros à certains (pègres et mafias, fonctionnaires et élus corrompus, contrebandiers et trafiquants) coûte aux contribuables bigrement cher ! Cette année, 260 millions d’euros d’achats de fournitures militaires rien qu’en France, à quoi l’on peut ajouter 107 000 euros par an et par militaire français envoyé en Afghanistan (corps expéditionnaire d’environ 3 000 hommes). Quant aux Etats-Unis d’Amérique, leur investissement revient à 3,6 milliards de dollars par mois depuis 2001 !

Les autochtones aiment bien “jouer” sur la carte du pourrissement que le temps induit dans son propre écoulement. Le jeu cruel de la guerre peut durer longtemps encore. Des experts anglo-saxons, tout aussi belliqueux et pessimistes, prédisent 40 ans d’occupation.

Hamid Karzaï est pachtoune, de la tribu duranni, mais n’est pas perçu comme le défenseur des intérêts de son ethnie. À vrai dire, lui et sa fratrie défendraient plutôt la conception d’une pratique experte partagée des obligations du pouvoir, afin de contrôler les aspects vitaux de l’État. La présidence afghane a 4 têtes, Hamid et ses 3 frères, dont l’un est spécialisé dans les négociations avec les Taliban.

En mai 2008, des Pachtounes ont formé à Kaboul un rassemblement politique (une Jirga, terme populaire désignant une assemblée, ses participants étant appelés jirgatu-gân, délégués, députés ou sénateurs) afin de réinstaurer la paix en Afghanistan. La formation d’un organe pour le retour à la paix par des Pachtounes reflète leur faiblesse de participation aux instances décisionnelles de l’État.

De fait, le premier mot des membres de cette assemblée a été que la paix ne pourrait persister ni prospérer sur les fondements de l’injustice. Elle accusa le gouvernement d’autoriser la confiscation des ressources et des richesses nationales au profit d’une minorité, en l’occurrence, les Tadjik ralliés à la coalition antiterroriste. Depuis, M. Karzaï a procédé à des remaniements ministériels.

Le temps de l’alternative…

L’idée est ici novatrice. Exit le débat stérile sur la nécessité d’augmenter l’effort de guerre. Car le constat est bien celui-ci : la population de ce pays passe massivement dans les rangs de l’insurrection. Poursuivre dans la voie actuelle est soit de l’inconscience, soit de la folie pure ! Il serait plus pertinent de programmer une réduction et un retrait progressif des effectifs militaires et policiers, d’instituer partout des milices communales volontaires et bénévoles, sans affiliation politique, chargées des interventions d’urgence et de police. Ensuite, l’heure sera venue de chercher des pistes inédites pour la réhabilitation et la renaissance culturelle des communautés villageoises et de quartier dans un mouvement général d’émancipation s’adressant sans discrimination aux enfants, aux femmes et aux hommes.

La première urgence est de désamorcer toute dérive ethnocidaire en réglant les différends ouverts. Car les affrontements ont, au moins à trois reprises, pris un caractère de luttes intestines après le retrait soviétique…. Petit retour en arrière :

– Luttes intestines tout d’abord lors du siège de Kaboul, alors que les Moudjahidin se battaient pour le contrôle de la ville, tenu par la poigne tadjik du commandant Massoud et du Président Rabbani, mais bombardée à répétition par un commandant pachtoune intégriste (Hekmatyar, favori des Américains, à l’époque). Un des points culminants des sanglantes opérations et batailles de rues auxquelles ces rivalités intestines ont donné lieu à Kaboul fut le massacre délibéré des habitants du quartier hazâra (proche du musée de Kaboul), accompagné de la liquidation pure et simple de leur chef, Ali Mazari, qui fut jeté d’un hélicoptère en vol.

– Luttes intestines lors de la domination des Taliban à Kaboul, durant les étapes de leur difficile progression pour s’assurer le contrôle de l’ensemble du territoire, en trois endroits différents : dans le centre du pays (contre les Hazaras, encore), à Mazar-i Sharif, ville ouzbek du Nord, au nord-ouest de Kaboul, dans la plaine de Shamali (Nord de Kaboul), qui portait encore en 2004 les stigmates de terribles affrontements entre Tadjik et Pachtounes.

– Luttes intestines enfin lors de la reprise du pays par les membres de l’Alliance du Nord : les cibles du crime de guerre furent les combattants étrangers d’al-Qaida et les miliciens pachtounes du mollah Omar (autrement appelés Taliban).

Il importe, pour qu’une paix durable s’instaure et que règne une bonne entente dans les différents segments de la société afghane, que tous les coupables et donneurs d’ordre de ces massacres et violations massives des droits humains universels soient jugés et qu’une réparation soit obtenue en faveur de toutes leurs victimes. Il s’agit d’une dette de l’État envers les citoyens pour dommages collatéraux  lors d’opérations de nettoyage, ethnique, ou non.

Ce n’est qu’à ce prix que l’on pourra parler de réconciliation nationale et enterrer la hache de guerre entre les prédateurs de la société d’une part (terroristes, spéculateurs, militaires, miliciens, agents de sécurité ou de renseignement, magistrats corrompus) et leurs victimes d’autre part (simples civils, femmes et enfants, ouvriers, paysans, pâtres, commerçants, petits fonctionnaires, agents de santé, mollâs, derviches).

Oublier les anciennes ou récentes querelles… Cela ne peut plus se faire en Afghanistan qu’aux niveaux élémentaires ou embryonnaires de la parenté. Les divisions resteront profondes entre Moudjahidin des partis de la résistance basés en Iran et leurs homologues du Pakistan ! La fracture demeure aussi, malgré quelques transfuges et renversements d’alliances opportunistes, entre communistes et maquisards, islamistes et traditionalistes, révolutionnaires, républicains et royalistes.

Toutes ces plaies ne peuvent être pansées que par l’institution de conseils de village et de quartier qui recenseront maison par maison les doléances et les desiderata des populations. Le règlement définitif de réparations, individuelles ou collectives, aux outrages de guerre ayant apaisé les rancoeurs, l’idée d’un véritable développement économique pour le bien de la majorité des Afghans pourra prendre son essor. Les militaires nous disent qu’il faut gagner les cœurs des Afghans, pourquoi ne pas les prendre au mot ?

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Laurent Dessart a effectué de nombreuses missions de terrain auprès des Afghans (AMI, UNHCR, CNRS, CICR). Diplômé de pachto de l’Inalco, il est expert traducteur-interprète agréé par la Cour de Cassation, docteur du Muséum national d'histoire naturelle (ethnologie). Bibliographie L’Afghanistan - précis historique, L’Harmattan, Paris 235p. – 2004 Les Pachtounes - économie et culture d’une aristocratie guerrière - Afgh /Pak, id, 614p.-2001 Parlons pachto – langue et culture de l’Afghanistan, idem, 204p. - 1994 (L’Afghanistan, un pays tribal au milieu des enjeux internationaux – www.grotius.fr, 7p. - décembre 2009 Remèdes à l’extinction du patrimoine immatériel en Afghanistan, conf. sél. / MECA – Utah - USA), 34p. - 2008 Le retour des Taliban (conférence donnée à Beaucaire et à Montpellier) – 7p. – 2007 (Ces 3 articles sont en ligne) Éléments de chronologie et mécanismes de l’agrégation, 4° Congrès des étud. au M.N.H.N., pp. 32-33 – 2001 L’islam afghan entre traditions, traditionalisme & militantisme, Les Nouvelles d’Afghanistan, 78, pp. 9-11 1997)

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