L’établissement d’un réseau transnational de solidarité (2) par Asmara Klein

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couverture du livrePlus qu’une rupture, le lancement de la coalition PCQVP (Publiez ce que vous payez) en 2002 annonçait une continuité. Comme évoqué dans l’article précédent, une multitude d’acteurs était déjà mobilisée autour du thème de la transparence dans l’industrie extractive. Il s’agissait, dorénavant, d’interconnecter tous ces acteurs afin de former une chaîne de solidarités.

La connexion démultipliée de chaque entité membre de la coalition transnationale répondait à la nécessité d’atteindre une masse critique, ne pouvant être ignorée, selon une stratégie d’essaimage. Transnational n’est pas compris ici comme une simple excroissance du national mais qualifie le fait de s’émanciper de la médiation du national pour communiquer directement d’une situation locale à une autre, «translocalement» en quelque sorte.

L’institutionnalisation des rapports entre les différentes ONG en des lieux hétéroclites, c’est-à-dire l’agencement de liens transnationaux durables au sein de la coalition était cruciale pour l’efficacité de l’action menée à l’encontre d’autres acteurs (Etats, entreprises, organisations internationales) pour faire avancer la cause de la transparence. Cela était pourtant loin d’être évident puisque la coalition regroupe des ONG d’horizons très variés, en termes d’objectifs poursuivis (défense des droits de l’homme, protection de l’environnement, humanitaire etc), de moyens et de cultures organisationnelles et professionnelles.

Il a donc été décidé de mettre en place une structure de coordination chargée de faciliter et d’encourager les échanges entre les nombreux membres. Depuis Londres, un secrétariat de coordination employant trois personnes et dirigé par un coordinateur international s’efforce de concrétiser les orientations stratégiques, données d’une part par le Strategic Advisory Group qui regroupe des représentants de la coalition élus par des collèges régionaux et formulées d’autre part, lors de réunions stratégiques organisées tous les deux ans avec l’ensemble des membres de la coalition. A partir de cette structure au niveau global, chaque entité nationale est libre de s’organiser comme elle le souhaite.

Dans certains pays, il a semblé judicieux d’unir les membres au sein de plateformes nationales dotées d’un coordinateur national à l’image des Etats-Unis ou du Cameroun. D’autres ont préféré maintenir une alliance libre, avec une personne ayant accepté d’être le point de référence national, comme cela est le cas en Espagne ou en Australie. Cette flexibilité est essentielle car elle permet de respecter les différences de capacités et d’intérêts des membres. Chacun y trouve son compte : dans les pays développés, PCQVP a la légitimité d’être représentatif (de former un «grass roots movement»), dans les pays dits du Sud, les ONG bénéficient du soutien financier et logistique de partenaires dans le Nord afin de développer une réelle expertise locale que ces dernières peuvent faire valoir face à des partenaires de taille comme Total ou ExxonMobil.

L’institutionnalisation réussie de PCQVP a sous-tendu l’efficacité diplomatique de la coalition qui a su investir différentes arènes politiques simultanément. Face à l’action déterritorialisée des firmes multinationales (FMN), les ONG ne pouvaient se limiter au cadre national. Encourager le vote d’une motion à l’Assemblée générale de l’Onu (2008), d’un «considérant» dans une directive européenne (2004), d’une loi américaine (2010), d’un nouveau standard comptable mondial (en cours) sont autant d’actions qui relève d’un maillage institutionnel permettant à PCQVP d’influer au plus près le jeu des multinationales qui se trouvent confrontées à des systèmes de règlementations cohérents plutôt que concurrents.

Le poids du nombre coordonné se fait également sentir lors de bras de fer avec des Etats peu respectueux des droits de l’Homme. Comme l’ont montré les épisodes d’emprisonnements d’activistes appartenant à PCQVP au Congo-Brazzaville, au Congo et en Angola, les Etats sont obligés de céder à la pression diplomatique débridée par la diplomatie de solidarité de PCQVP, capable d’entraîner avec elle Etats occidentaux, organisations internationales et médias.

Prochainement : PCQVP et l’Initiative pour la Transparence dans l’Industrie Extractive (ITIE).