La cartographie et l’exploitation des données au service de l’urgence : l’expérience d’ACTED

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L’intervention humanitaire d’urgence est complexe en soi, tant de par la nature de la réponse opérationnelle que du cadre spécifique de mise en œuvre. Les paramètres à appréhender et à traiter sont nombreux, dans un contexte de crise où les principales références ont souvent été remises en cause, voire tout simplement balayées. Au cours d’une crise, les caractéristiques économiques et sociales des communautés sinistrées sont amenées à évoluer et à changer très rapidement. Il en est de même pour les critères de mesure de la vulnérabilité des personnes, ainsi que des besoins des populations.

Les acteurs de l’urgence doivent répondre aux besoins de populations déracinées, recomposées, parfois choquées, tout en respectant l’environnement social des communautés auprès desquelles ils agissent. Afin d’offrir une aide rapide, efficace et adaptée, les opérateurs de l’aide ont besoin d’identifier au plus vite les besoins et les mécanismes d’aide déjà en place, afin de répondre en priorité aux groupes les plus vulnérables avec des opérations d’urgence adaptées aux attentes, aux capacités locales et au contexte culturel.

Dans ce cadre, la capacité des acteurs humanitaires à évaluer, consolider et traiter efficacement les données humaines sur le terrain est l’une des clefs d’une réponse rapide et pertinente. C’est la première tâche des ONG qui mobilisent leurs équipes d’urgence sur ces évaluations afin d’organiser et de prioriser les opérations et l’aide apportée.

Alors même que le système des « clusters » [comités thématiques de coordination entre les acteurs humanitaires mis en place depuis 2005 sur les terrains d’intervention] se développe pour une meilleure coordination de l’aide d’urgence, les acteurs sur place privilégient encore une gestion individualisée de ces processus d’évaluation, qui ne sont pas animés collectivement par les clusters, avec de fait des échanges d’informations limitées entre différentes organisations. Pourtant, c’est bien dans ces contextes d’urgence, où la réactivité doit primer, qu’un système de collecte et de partage des données entre les acteurs humanitaires aurait tout son sens, en ce qu’il permettrait d’associer les ressources existantes, de promouvoir des synergies entre opérateurs et surtout de réduire la duplication des évaluations, en assurant la mise à disposition des données à toutes les parties concernées. Certains mécanismes existent ; mais sans réelle efficacité, ils n’ont jamais été adoptés et développés.

Une capacité d’évaluation partagée

ACTED est l’un des ces acteurs avec une capacité de réponse aux urgences humanitaires à travers le globe. Dans le cadre de ses opérations,ACTED a développé des ressources spécifiques en matière d’évaluation avec des équipes AME (Appraisal, Monitoring & Evaluation), de cartographie et d’exploitation des données. Sur les terrains des urgences, ces experts, qui participent aux clusters et autres mécanismes de coordination de l’aide entre opérateurs, ont été les témoins des problématiques opérationnelles liées au  manque d’interactions entre organisations sur les questions de  l’évaluation (et l’identification) des besoins et des populations sinistrées sur les terrains d’intervention. Ce déficit de coordination a, dans certains cas, un impact immédiat et regrettable sur l’efficacité de l’aide apportée, malgré l’ampleur des efforts déployés.

C’est à l’occasion de la réponse d’urgence aux violences qui ont éclaté dans le Sud du Kirghizistan en juin 2010, qu’ACTED a développé, avec UNOSAT, une première offre d’appui aux mécanismes de  coordination [les clusters], en développant une capacité d’évaluation inter agence, en assurant la consolidation des données collectées auprès de différents opérateurs ainsi que leur exploitation et leur diffusion au travers de rapports ou de cartes mises à la disposition de l’ensemble de la communauté humanitaire. Sur la base du succès de cette première expérience, ACTED s’est associée avec l’agence onusienne pour créer REACH, un partenariat global afin de systématiser cette offre de service dans le cadre d’autres urgences humanitaires. Depuis, le mécanisme REACH a été déployé avec succès au Pakistan ainsi qu’en Libye.

REACH, un outil d’aide à la décision

Depuis deux ans, REACH est géré depuis Genève dans le cadre des activités d’IMPACT Initiatives, le think tank affilié à ACTED. Ce mécanisme se donne pour objectif de faciliter la planification de l’aide humanitaire de tous les acteurs concernés dans les pays en crise ou à risque de crise, en mettant à disposition des équipes techniques spécialisées et prêtes à être déployés dans l’urgence. REACH propose ainsi trois offres de services complémentaires : l’appui aux capacités d’évaluation des situations et des besoins en situation de crise, des capacités d’analyse et d’exploitation de l’imagerie satellitaire et la fourniture de supports cartographiques, de données géo-référencées et en ligne.

REACH facilite la conduite des évaluations, en lien avec les clusters et les acteurs sur le terrain. Les résultats et données de ces évaluations sont ensuite exploités et analysés  grâce à des bases de données et des outils cartographiques qui associent images satellites et informations clefs qui peuvent être croisées et qui contribuent à favoriser le suivi et la lisibilité du terrain. L’ensemble des données consolidées par REACH sont mises à disposition de tous les acteurs de l’aide humanitaire concernés, acteurs locaux, ONG, autorités et organisations internationales, dans le cadre de centres de ressources organisés localement, avec des rapports ou via des portails en ligne facilement accessibles. Tous ont ainsi accès en temps quasi-réel à des informations contextuelles, et peuvent adapter leur stratégie opérationnelle à la réalité des besoins.

Aujourd’hui,REACH est déployé dans le sud du Kirghizistan en appui au processus de reconstruction et de stabilisation dans la région, après avoir contribué à l’urgence en fournissant un ensemble de services cartographiques, des évaluations, des bases de données et autres outils d’aide à la coordination des opérations. Les équipes réalisent des études socio-économiques ainsi que des cartes de situation afin de contribuer à la reconstruction économique, au développement social et au retour à une paix durable dans la région. En Libye, après avoir appuyé les mécanismes de coordination de l’aide humanitaire, le programme REACH mène des évaluations sur l’état des infrastructures scolaires et des logements endommagés dans les combats.

Au delà des interventions dans les pays, REACH se veut une plateforme globale de ressources et de plaidoyer sur les problématiques de collecte et d’exploitation des données du terrain pour tous les acteurs humanitaires concernés par le sujet, en développant notamment des partenariats au sein même du secteur de l’aide, avec les Nations unies, les ONG, les bailleurs de fonds, les gouvernements, ainsi qu’avec des opérateurs privés. REACH est ainsi un partenaire privilégié du cluster abri, tant au niveau international que sur les différents terrains d’intervention humanitaire et travaille en lien étroit avec la Fédération internationale des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge.


 

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La rédaction de Grotius International.

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