« Le journalisme » sous la direction d’Arnaud Mercier (Hermès – CNRS éditions)

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Par Arnaud Mercier… Le journalisme suscite des passions contradictoires. Métier désirable pour de nombreux étudiants, il fait pourtant l’objet d’une forte suspicion dans l’opinion. Ainsi, moins de 10% des Français pensent que les choses se sont passées comme les journalistes le décrivent. Les journalistes méritent-ils ce regard critique ? Comment travaillent-ils ? Sont-ils indépendants ? Extrait de l’ouvrage “Le journalisme” coordonné par Arnaud Mercier, Professeur en Information – Communication, à l’université Paul Verlaine de Metz.

« (…) Le marketing et la communication publique se sont développés pour s’adapter aux logiques de la médiatisation, en élaborant des communiqués ou dossiers de presse calibrés, souvent rédigés par d’anciens journalistes, en fabriquant de toutes pièces un événement ou un personnage médiatique. Le but est de canaliser l’activité des journalistes, afin de les utiliser pour promouvoir l’image de groupes, d’institutions, de personnes, ou d’infléchir la perception d’un problème. Il s’agit pour ces services de convaincre les journalistes que ce qu’ils cherchent à faire savoir représente une «vraie» information.

Le vrai défi auquel les journalistes doivent en effet faire face est celui de la professionnalisation et de la généralisation des métiers de la communication, des «relationnistes» disent les Québécois, qui donnent aux acteurs sociaux de plus grandes possibilités de contrôler le message qu’ils souhaitent faire passer, en livrant aux journalistes des produits clés en main, véritable «information-publicité» qui abolit la frontière traditionnelle entre la restitution critique de faits (le métier de journaliste) et la publicité et la propagande (intention de ceux qui ont besoin des journalistes pour diffuser un message), comme le souligne Alain Lavigne ( 3).

Les processus de routinisation du travail journalistique, lors de la fabrication de l’information, sont aussi désignés comme à même de produire des clichés. Gaye Tuchman (Tuchman, 1978) a pu pointer que l’un des effets pervers du peu de temps donné pour la recherche d’informations est de pousser les journalistes à s’associer avec les hauts fonctionnaires ou élus qui détiennent l’information, ce qui contribue à leur faire partager le point de vue des élites avec lesquelles ils collaborent. Le processus est à ce point développé que Philip Schlesinger, dans un célèbre article sur les «limites du médiacentrisme», aboutissait à la conclusion de la nécessité de «repenser la sociologie du journalisme» (4).

Constatant que les journalistes sont dans une situation de plus ou moins grande dépendance aux sources, il proposait de penser la sociologie de la production journalistique à partir d’une analyse du réseau d’interaction que les journalistes constituent avec leurs sources habituelles. Pour François Heinderyckx, le «journalisme passif», résultat du déficit de temps qui enferme les journalistes dans des cycles de production trop courts pour approfondir un dossier, est un facteur décisif de compréhension des limites dans la qualité de l’information diffusée. «Le journaliste, lui-même mal informé, est fragilisé dans son rôle d’observateur critique et se voit entraîné, malgré lui, dans une passivité qui ne sied pas du tout à son métier» (Heinderyckx, 2003, p.69) (…)».

“Le journalisme”, un ouvrage coordonné par Arnaud Mercier paru aux Essentiels d’Hermès, CNRS éditions. 2009.

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