Nouvelles sources de financements (3/3)

0

Ne plus dépendre des ONG du Nord. Une volonté plus qu’une réalité en Afrique… Certains gouvernements et organisations la mettent pourtant de plus en plus en application, surfant sur la croissance économique du continent et les possibilités qui en découlent.

Des financements qui tardent ou laissés en suspens, des programmes qui réduisent la voilure voire ferment, des employés dans le doute… De nombreuses ONG ou budgets nationaux pâtissent en Afrique de l’état actuel de l’économie occidentale – d’où proviennent en grande partie les fonds. Si la fatalité n’a jamais empêché, qui que ce soit, de se tenir debout, et d’avancer, on note de plus en plus d’avancées vers l’autonomie qui ravissent tout d’abord les donneurs internationaux. Rendre les ONG locales et ministères en partie autonomes à long terme, c’est en effet l’un des objectifs de tout bailleur, même si cela reste encore plus une volonté qu’une réalité dans les faits. L’Agence américaine pour le développement international (Usaid) délivre depuis longtemps, dans de nombreux pays d’Afrique où elle parraine des projets, des séminaires sur la durabilité financière des ONG où l’on insiste surtout sur la transparence et une bonne gestion.

Cependant, il n’échappe actuellement à personne que la croissance moyenne des pays africains est supérieure à l’ensemble des autres pays de la planète. Trois pays du continent sont même classés, par le Fonds monétaire international, pour la période 2011 – 2015, dans le Top 5 mondial de la croissance derrière la Chine et l’Inde : l’Ethiopie, le Mozambique et la Tanzanie. Une progression économique qui – si elle ne permet pas de compenser la diminution des financements des bailleurs d’Europe ou d’Amérique du Nord – permet de toujours lever plus de fonds entre les frontières nationales, au sein de populations où grossissent les classes moyennes. Les initiatives, aussi symboliques soit elles, ne manquent plus, tout comme les réalisations concrètes.

L’année 2012 l’illustre bien. Au Congo, tout le monde a encore en mémoire la terrible déflagration venant d’un camp militaire qui a touché la capitale Brazzaville et le quartier de Mpila au début du mois de mars 2012, faisant près de 300 victimes et des centaines de sans-abris. Quelques semaines plus tard, c’est de l’autre côte du fleuve Congo, en RDC, qu’est organisé un concert de soutien aux victimes de l’explosion. De la musique classique est jouée en l’église Sainte-Anne de Kinshasa avec l’espoir de récolter des fonds. La soirée est réussie puisque l’évènement permet de collecter près de 7 000 dollars. Trois autres concerts, à Kinshasa et Brazzaville, ont également servi à lever davantage de fonds.

Mais ce n’est rien à côté de ce qu’a donné le Nigérian Aliko Dangote, l’homme le plus riche d’Afrique : 500 000 dollars ! Le quinquagénaire nigérian n’est, par ailleurs, pas resté insensible aux inondations qui ont durement frappé son pays en 2012. Pendant des mois, depuis juillet, des pluies diluviennes ont fait monter le niveau des eaux : plus de 2 millions de personnes ont dû fuir et plusieurs centaines – le bilan officiel tourne autour de 400 personnes – sont décédées. C’est au cours d’un dîner de collecte qu’Aliko Dangote a recueilli la bagatelle de 60 millions de dollars pour les victimes des inondations. « Un don record pour des sinistrés au Nigéria », selon la presse du pays.

En plus d’aider les déplacés de cette catastrophe naturelle d’envergure exceptionnelle, le magnat du ciment et de l’agroalimentaire a lancé un fonds d’investissement de plusieurs millions de dollars pour l’émancipation des femmes dans plusieurs Etats du Nigéria. De même, il participe à l’effort éducatif en donnant des sommes conséquentes pour la rénovation des universités du pays. « Je ne vais pas donner toute ma fortune mais je vais faire de mon mieux pour aider les Nigérians et les Africains », a-t-il glissé au détour d’une collecte en janvier dernier. En Ouganda aussi, les plus aisés n’oublient pas les autres. Le Lions Club de Kampala, la capitale, a ainsi permis ces dernières années à des centaines de jeunes souffrant des yeux de pouvoir consulter gratuitement des médecins. Plus largement en Afrique de l’Est, les Lions Club de nombreuses grandes villes apportent leur soutien aux amputés des membres inférieurs en leur procurant des fauteuils roulants.

En Tanzanie, le ministère de l’Education a innové, en novembre dernier, en organisant une marche de quelques kilomètres un dimanche matin à travers la capitale économique Dar es-Salaam. Le principe ? Aussi limpide que le ciel bleu du pays : faire venir un maximum de participants afin de récolter l’argent nécessaire à la construction de dortoirs. Et l’objectif est atteint puisqu’une trentaine d’écoles secondaires du pays disposeront de dortoirs féminins afin de maintenir les jeunes filles dans leur scolarité et leur éviter de tomber enceintes. Sans dortoir à l’école, les élèves sont souvent obligées de parcourir de nombreux kilomètres à pied. En rentrant chez elle, les risques sont aussi élevés de ne pas les voir revenir étudier : certaines familles préférant les voir marier ou aider aux différentes tâches. L’aide prend aussi de nouveaux accents. L’an passé, l’initiative « Kenyans for Kenya » avait permis de venir en aide aux victimes de la sécheresse de l’Est du pays. Des milliers de Kenyans avaient donné la somme qu’ils pouvaient afin de permettre aux associations d’acheter des vivres pour les plus touchés. Une mobilisation inédite, qui avait surpris les Kenyans eux-mêmes.

C’est enfin une autre mobilisation panafricaine qui se déroule actuellement au Mozambique où de terribles inondations touchent la province de Gaza depuis des semaines. Des dizaines de milliers de personnes ont fui leur domicile sous les eaux, et se retrouvent sans nourriture ou vêtement. Les pays voisins du Mozambique, Afrique du Sud en tête, ont répondu présent et n’ont pas hésité à envoyer de l’aide. C’est aussi le cas de la Namibie où la réaction du Premier ministre à l’appel du Mozambique résume bien ce mouvement de solidarité : « Nous n’avons pas grand-chose à donner mais nous allons voir ce que nous pouvons faire pour assister les Mozambicains ». Et c’est finalement un avion qui est parti de Namibie avec des médicaments et de la nourriture à son bord.

Arnaud Bébien

Arnaud Bébien

Arnaud Bébien est journaliste (Tanzanie)