Sécurité des travailleurs à l’étranger: un marché en expansion

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Plus d’un million de Français travaillent à l’étranger. Avec l’intervention française au Mali, la situation des travailleurs français au Sahel est devenue de plus en plus dangereuse. Partout dans le monde les entreprises doivent protéger leurs salariés. La sécurité devient un marché qui se porte bien.

 Près d’1,5 million de Français travaillent à l’étranger. Parmi eux, 15 000 travaillent dans le Sahel, une des zones les plus dangereuses au monde, selon le ministère des Affaires étrangères. L’enlèvement récent de sept Français au Cameroun (un travailleur expatrié de GDF-Suez et sa famille) et la tragédie d’In Amenas en Algérie, ont mis sur le devant de la scène la question de la sécurité des travailleurs français à l’étranger.

 Des risques difficiles à évaluer

Il existe très peu de données statistiques précises sur les dangers encourus à l’étranger et il est difficile de juger si l’économie mondiale est plus ou moins dangereuse qu’autrefois. Cependant, une enquête publiée en 2010 par l’Edhec, école française de management, et le Club des directeurs sécurité des entreprises (CDSE) donne quelques informations: entre octobre et décembre 2009, sur 82 grandes entreprises internationales, 34% avaient souffert d’attaques contre leur site, 6% du meurtre d’un employé, 17% d’enlèvements et 31% avaient été visés par le terrorisme ou la guerilla.

Les sociétés françaises doivent donc développer des stratégies sécuritaires. Leurs priorités: l’échange d’informations et l’évaluation quotidienne des risques. « Des grands groupes sont très avancés. Ils ont des cellules de crise institutionnalisées de manière permanente, qui associent le directeur de la sûreté mais aussi le personnel des différents systèmes d’information, les ressources humaines… Toutes ces personnes travaillent ensemble, permettant la prise de décision dans ce type de situation », explique Philippe Lan, président du Cindex, une association d’entreprises françaises qui emploient des travailleurs expatriés.

 Sociétés de sécurité privé

Depuis la jurisprudence Karachi, la sécurité des travailleurs expatriés relève du droit du travail et de ce fait, de la responsabilité de l’employeur. La Direction des Constructions navales (DNC) dont onze employés français ont péri dans l’attentat de Karachi de mai 2002, au Pakistan, a été condamnée pour ne pas avoir assuré la sécurité des ses salariés.

Certaines entreprises font donc appel aux services de consultants en sécurité, appelés dans la jargon  « assisteurs ». En France, Geos, International SOS, Risk&Co ou encore Amarante sont les leaders du marché. Leurs missions: évaluer la situation du pays par un système de veille permanente, prévenir les risques via un plan de sécurité et assurer un suivi en cas de crise.

Ces sociétés donnent lieu à toutes sortes de fantasmes sur leur nature et leurs employés: anciens paras, légionnaires, mercenaires… Le mythe est cependant loin de la réalité.  « Ce sont d’abord des sociétés spécialisées dans le rapatriement sanitaire, de telle façon que sur une crise, on puisse vite évaluer la situation et évacuer les gens, ou apporter un premier secours médical. Elles sont aussi organisées pour pouvoir affréter des avions, d’une façon différente que les avions de ligne ou les avions de l’Etat qui peuvent se poser en période de conflit », détaille Yves Trézières, vice-président de Nexans, en charge de la sécurité. Reste que souvent, ces consultants en sécurité, emploient d’anciens dirigeants de la police ou de l’armée.

Selon le Quai d’Orsay, il incombe à l’employeur de vérifier avec sérieux la fiabilité de ces sociétés privées. « On ne travaille pas avec le premier qui viendrait frapper à notre porte. On fait un choix souvent collectif, entre plusieurs grands groupes français. On se concerte entre collègues. Et puis surtout on vérifie le track record de ces sociétés, c’est à dire comment elles sont intervenues sur des conflits antérieurs », conclut Yves Trézières.

 Le prix de la sécurité

La sécurité coûte cher. Selon les cabinets et les clients, un security manager peut coûter entre 15 000 et 25 000 euros par mois à une entreprise. Un contrat global avec des groupes du CAC40 peut varier de  50 000 à 100 000 euros par an. Ces sociétés de sécurité se portent d’ailleurs très bien. Geos par exemple, affichait un chiffre d’affaire de 41 millions d’euros en 2009. Ses revenus ont plus que doublé en cinq ans.

Mais plus les risques augmentent, plus les prix montent et moins les petites et moyennes entreprises installées à l’étranger suivent. « Il y a encore aujourd’hui un différentiel de structuration très important. Il est extrêmement critique et dommageable d’avoir à gérer une faille d’organisation et en même temps une crise dans ce type de situation. Pour les entreprises de plus petite taille évidemment, c’est un mode d’organisation qui n’est pas forcément adapté », conclut Philippe Lan.

Les sociétés de sécurité proposent toutefois des forfaits moins coûteux, entre 1000 et 3000 euros par mois. Dans ces cas-là, les clients paient avant tout une disponibilité 24 heures sur 24 et des conseils.

 

 

 

 

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