Quelles sont les maladies liées à l’eau?

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Le forum mondial de l’eau (FME), organisé par le Conseil mondial de l’eau, s’est tenu à Marseille du 12 au 17 mars 2012, conviant plus de 350 autorités locales et régionales pour traiter du rôle des autorités locales et régionales dans l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement. Le précédent forum avait réuni 25 000 participants à Istanbul en 2009, et a abouti à la signature du Pacte d’Istanbul. Avec pour objectif: s’engager à rechercher les meilleures politiques et pratiques dans le secteur de l’eau et l’assainissement.

Ce sixième forum affiche cinq objectifs spécifiques :

– Accroître la mobilisation internationale des autorités locales et régionales dans le secteur de l’eau et les inciter à prendre des engagements,

– Offrir aux  autorités locales et régionales des opportunités d’échanger avec des experts dans le secteur de l’eau et l’assainissement, pour leur permettre d’identifier et de développer des solutions concrètes pour relever leurs défis,

– Élargir et améliorer l’équilibre géographique des signataires du Pacte d’Istanbul,

– Favoriser de nouveaux partenariats entre autorités locales et régionales,

– Développer un dialogue constructif avec les autres niveaux politiques.

Malgré le caractère salutaire affiché par une telle initiative, des critiques ont été émises à son encontre. Sébastien Barles, candidat EELV aux législatives, dénonce ce sixième FME comme « une foire commerciale destinée aux multinationales françaises de l’eau pour qu’elles trouvent des marchés dans les pays du Sud », à cause du budget du forum qui s’élève à près de 30 millions d’euros, « dont 17 millions de subventions publiques ».

Jean-Loup Englander, représentant de France Libertés pour la région Provence-Alpes Côte d’Azur déplore le fait que le nombre de participants comptera peu d’étrangers parmi ses participants, ce que dément l’organisation du FME « assurée d’une participation supérieure à 20 000 personnes », dont 6 000 personnes « en provenance de 144 pays se sont déjà inscrites ».

Michèle Juste, trésorière de l’association « Eau secours Marseille » a rappelé que « 1,6 million de personnes n’ont pas accès à l’eau et 3,6 millions à l’assainissement », et se prononce en faveur de la création d’un tribunal international de l’Eau, à l’instar du tribunal Pénal International de la Haye. Elle a indiqué l’organisation d’un forum alternatif de l’eau (FAME) du 14 au 17 mars 2012, invitant citoyens, associations, ONG et syndicats à participer à une quarantaine d’ateliers thématiques (eau et gaz de schiste, eau et femmes, le problème des barrages en Chine et en Inde, etc.).

Ces questions politico-financières mises à part, l’UNESCO rappelle que les maladies liées à l’eau tuent un enfant toutes les 8 secondes,  5 millions de personnes par an et sont responsables de 80% des maladies et des décès enregistrés dans les pays en développement. Elles sont donc dix fois plus meurtrières que les conflits armés.

Les maladies liées à l’eau (définition)

Présenter les différentes maladies liées à l’eau, permet d’insister sur le rôle essentiel de l’accès à une eau de bonne qualité et à l’assainissement dans la préservation de la vie, de la santé publique, et dans la lutte contre la pauvreté.

1/ Les maladies hydriques causées par une eau contaminée par des bactéries, des déchets humains, ou animaux :

–  Les amibes provoquent de fortes diarrhées entraînant une déshydratation qui peut s’avérer mortelle.

–  La campylobactériose est une zoonose (transmise à l’homme par les animaux ou des produits d’origine animale), qui infecte les voies digestives, provoquant la diarrhée (souvent avec présence de mucus et de sang), des douleurs abdominales, des malaises, de la fièvre, des nausées, des vomissements, une arthrite (inflammation douloureuse des articulations), des crises convulsives en cas de complications graves. Les décès  sont rares.

–  Le choléra est une infection bactérienne aiguë du tractus intestinal, qui cause de graves crises de diarrhée pouvant entraîner rapidement une forte déshydratation et la mort en l’absence de traitement adapté.

–  La maladie due aux toxines cyanobactériennes (ou algues bleues) présente des symptômes tels qu’une irritation cutanée, des crampes d’estomac, des vomissements, la nausée, la diarrhée, la fièvre, une angine, des céphalées, des douleurs musculaires et articulaires, des vésicules autour de la bouche et une atteinte hépatique. Les personnes qui nagent dans des eaux contenant des toxines cyanobactériennes peuvent avoir des réactions allergiques telles que l’asthme, une irritation des yeux, des éruptions et des vésicules autour de la bouche et du nez. La maladie se transmet par de l’eau contaminée, par consommation ou baignade.

–  La dysenteries est une maladie intestinale généralement causée par des bactéries (par exemple Shigella sonnei) ou par des parasites (par exemple Entamoeba histolytica), caractérisée par des diarrhées sévères qui peuvent contenir du sang ou du mucus.

–  La fièvre typhoïde est une infection bactérienne causée par l’ingestion d’aliments ou d’eau contaminés, provoquant maux de tête et nausée. Environ 12 millions de personnes sont infectées par la typhoïde chaque année.

–  L’hépatite A et E entraînent une infection et une inflammation du foie, et sont transmis par la voie oro-fécale, par de l’eau contaminée et d’une personne à l’autre. Le taux de mortalité est faible (0,2% des cas ictériques) et la maladie finit par se résorber.

–  La poliomyélite (ou polio), est une maladie infectieuse due à un virus, transmis d’une personne à l’autre, et se manifeste par une fièvre, une paralysie motrice et une atrophie des muscles squelettiques, souvent à l’origine d’une infirmité et de déformations permanentes.

–  Le tétanos est une maladie infectieuse due à la toxine sécrétée par une bactérie, qui se fixe sur les terminaisons nerveuses puis est véhiculée le long des nerfs vers la moelle épinière ou elle bloque le fonctionnement des nerfs moteurs (innervant les muscles) et parfois aussi des nerfs sympathiques (innervant les viscères). Il s’ensuit des contractions musculaires incessantes, une rigidité qui peut se généraliser ou rester localisée. Les symptômes du tétanos généralisé sont : une impossibilité à ouvrir la bouche (trismus), puis des contractions des muscles paravertébraux, puis des complications à type de fractures, embolies pulmonaires (thromboembolie). La cause de décès la plus fréquente est la surinfection pulmonaire.

–  Les personnes touchées par le SIDA sont plus susceptibles de contracter des maladies d’origine hydrique que les personnes en bonne santé. Le maintien d’un environnement salubre est indispensable pour préserver la santé, la qualité de vie  et la productivité des séropositifs.

2/ Les maladies aquatiques transmises par des vers aquatiques qui infectent les organismes humains et les affaiblissent ou les tuent :

– Les parasitoses intestinales (anguillulose, ankylostomiase) sont un ver parasitaire infectant l’intestin grêle, provoquant dans les cas graves l’anémie ou une déficience du développement de l’enfant. Les larves de l’ankylostome sont propagés  dans des conditions insalubres et infectent environ un milliard de personnes dans le monde entier, en pénétrant dans le corps humain par voie dermique, souvent par les pieds.

– L’anémie survient lorsque les globules rouges n’apportent plus suffisamment d’oxygène aux tissus de l’organisme, et provoque fatigue, faiblesse, vertiges, perte de la couleur normale de la peau, des lèvres, de la langue, du lit de l’ongle et des vaisseaux sanguins dans le blanc de l’œil. Sans traitement, l’anémie peut s’aggraver et causer un retard du développement fœtal pendant la grossesse, accroître le risque d’infection chez les jeunes enfants.

–  L’ascaridiase est une infection de l’intestin grêle causée par un gros nématode, après avoir avalé les œufs du ver, qui éclosent et donnent naissance à des larves dans l’intestin de la personne, qui pondent des œufs qui passent ensuite dans les fèces. Dans une infection grave, le blocage intestinal peut causer une douleur abdominale, une respiration sifflante, des difficultés respiratoires ou de la fièvre. Dans le monde entier, des infections à Ascaris graves causent environ 60 000 décès par an.

–  La bilharziose est une maladie causée par des vers parasites schistosomes qui pénètrent dans les vaisseaux sanguins des humains qui nagent ou se lavent dans de l’eau contaminée, causant des infections pouvant endommager le foie, les intestins, les poumons et la vessie. Environ 200 millions de personnes sont infectés.

–  La dracunculose  est due à un parasite, Dracunculus (ver de Guinée ou filaire de Médine) pouvant atteindre à maturité un mètre de longueur, qui quittent le corps humain après plusieurs mois, au niveau des pieds, après avoir formé un oedème extrêmement douloureux, une cloque et une ulcération. La perforation de la peau s’accompagne de fièvre, de nausées et de vomissements.

–  Les vers parasites intestinaux (les helminthes) se contractent par contact avec un sol qui a été contaminé par les excréments d’une personne infectée ou par l’absorption d’aliments contaminés par le sol, et provoquent malnutrition, anémie ou retard de croissance.

3/ les maladies véhiculées par les moustiques et les mouches tsé-tsé qui infestent certaines zones aquatiques :

–  Les arboviroses sont des maladies endémo-épidémiques transmises par les arthropodes (moustiques et tiques principalement), pouvant évoluer en syndrome hémorragique ou méningo-encéphalitique parfois mortel. Chaque année, des dizaines de millions de personnes sont infectées.

–  La dengue est une affection fébrile généralisée qui peut évoluer en fièvre hémorragique mortelle.

–  L’encéphalite japonaise est une maladie bénigne ou sans symptômes apparents, transmise par des moustiques appartenant aux groupes Culex tritaeniorhynchus et Culex vishnui, lesquels se reproduisent plus particulièrement dans les rizières inondées. Mais environ 1 infection sur 200 entraîne l’apparition brusque d’une forte fièvre, des céphalées, une raideur de la nuque, une désorientation, un coma, des crises convulsives, une paralysie spastique et une issue fatale.

–  La fièvre jaune est une maladie virale transmise par les moustiques, pouvant causer des fièvres hémorragiques, une grave insuffisance hépatique et une jaunisse.

–  La filariose est une maladie parasitaire propagée par des moustiques, et causée par des vers en forme de fils qui endommagent le système lymphatique et causent un gonflement qui peut mener à l’éléphantiasis.

–  La maladie du sommeil est une affection parasitaire africaine, contractée après piqûre de la mouche Tsé-Tsé, puis le parasite envahit l’organisme par voie lymphatique. La maladie provoque une fièvre capricieuse, constante, précoce, des ganglions sur toutes les chaînes lymphatiques, indolores, avec parfois hypertrophie du foie et de la rate, l’apparition de grandes plaques cutanées rouge-violacées (trypanides) persistantes ; l’atteinte du système nerveux, avec des maux de tête, des troubles de la sensibilité profonde, des douleurs musculaires et osseuses, des troubles moteurs (tremblements, incoordination, mouvements anormaux, convulsions…), des troubles du sommeil avec au début de l’atteinte une inversion du cycle jour/nuit puis, des accès de sommeil profond, et  des troubles psychiques faits d’alternance d’épisodes d’agitation aiguë et d’hébétude évoluant vers une démence totale. D’autres atteintes cardiaques (myocardites, troubles du rythme, insuffisance cardiaque…) ou hématologiques avec des troubles de la coagulation, peuvent s’observer.

–  Le paludisme (malaria) est transmis à l’homme par des piqures de moustiques, les anophèles, porteurs d’un parasite, le plasmodium, caractérisé par des cycles de frissons et de fièvre, dont les cas sévères peuvent aboutir à une anémie ou au décès. Plus d’un million de personnes en meurent chaque année. L’Afrique représente 80% des cas de paludisme dans le monde.

4/ Les maladies liées aux composés chimiques toxiques rejetés par les sociétés humaines dans l’eau, que l’organisme n’élimine pas :

–  L’arsénicisme résulte de l’exposition prolongée à de faibles concentrations d’arsenic dans l’eau de boisson, et cause une kératodermie douloureuse (lésions durcies) et peut déboucher sur des cancers de la peau, des poumons, de la vessie et des reins.

–  La fluorose est une grave maladie des os causée par de fortes concentrations de fluorure se produisant naturellement dans la nappe phréatique. Environ plusieurs dizaines de millions d’individus sont touchés.

–  Les nitrates peuvent engendrer un empoisonnement du sang (méthémoglobinémie ou maladie bleue), et peuvent se transformer en nitrites qui oxydent l’hémoglobine du sang qui ne peut plus fixer l’oxygène et perturbe la respiration cellulaire. Associés à certains pesticides, ils peuvent engendrer à long terme des cancers chez les adultes.

–  Les pesticides formant une famille très nombreuse de molécules qui se dégradent et en génèrent d’autres dont certains sont cancérigènes comme l’atrazine.

–  Le plomb passe rapidement dans le sang et va perturber le système nerveux et les fonctions reproductives, des insuffisances rénales, ou des encéphalopathies.

–  La maladie du saturnisme qui peut en découler provoque des troubles irréversibles concernant la croissance, le développement du système nerveux central, le développement intellectuel et le comportement.

5/ Les maladies dermatologiques :

–  La gale provoque des démangeaisons déplaisantes accompagnées d’éruptions, causées par des mites, et se répand par contact proche, dans des conditions insalubres.

–  La teigne est est causée par un champignon, pouvant affecter le crâne (tinea capitis, les cheveux deviennent fragiles, cassent facilement et tombent, laissant des plaques d’alopécie sur le crâne), les ongles (tinea unguium, les ongles infectés deviennent épais, rongés, fissurés et anormaux en forme et en couleur), les pieds (tinea pedis ou « pied d’athlète »), ou le corps (tinea corporis, plaques rouges ou roses, plates ou légèrement saillantes sur la peau). Elle se propage par contact direct avec une personne ou un animal infecté, ou avec l’eau à cause d’une mauvaise hygiène.

6/ Les maladies ophtalmologiques :

– L’onchocerchose (“cécité des rivières”) est la deuxième cause de cécité d’origine infectieuse dans le monde, provoquée par un ver parasite, et génère chez l’homme des lésions oculaires et cutanées. 96 % des  millions de personnes exposées au risque d’onchocercose se trouvent en Afrique, qui abrite les 99% de personnes infestées. 270 000 des personnes contaminées ont perdu la vue.

– Le trachome est une infection oculaire due à une mauvaise hygiène, et a rendu aveugles environ 6 millions de personnes sont aveugles à cause du trachome.