Sommet de Londres : Eviter les décès liés à la malnutrition infantile est aujourd’hui possible

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8 juin 2013 : Sommet international Nutrition pour la croissance organisé à Londres par le Royaume-Uni et le Brésil en amont du G8… Des Parlementaires ont lancé un appel pour que la lutte contre la sous nutrition infantile soit placée au cœur des politiques publiques de santé, de protection sociale et de développement. Cet appel est soutenu par Action contre la Faim, Alima, Global Health Advocates, Médecins Sans Frontières et l’UNICEF France.

Augustin Augier est directeur général de l’ONG Alima. Il explique pourquoi la communauté internationale a le devoir d’agir…

Chaque minute, environ 10 enfants meurent en lien avec la malnutrition aiguë dans le monde. Et pourtant pour la première fois, les acteurs de l’aide humanitaire et les Etats disposent d’outils et de stratégies qui permettraient d’éviter la mort de ces enfants.

Si on a tendance parfois à en ignorer l’ampleur, la malnutrition aiguë demeure un phénomène bien réel et continue de toucher une très large population d’enfants. En 2012, ils sont 52 millions dans le monde à en souffrir avant l’âge de cinq ans, et la forme la plus sévère atteint 29 millions d’entre eux.

Aujourd’hui l’on sait qu’attendre que l’enfant soit touché par la malnutrition aiguë sévère pour le soigner est une erreur. En effet, les procédures à mettre alors en œuvre génèrent un coût bien trop élevé en termes de ressources humaines puisque chaque enfant nécessite un minimum de 5 consultations et qu’1 enfant sur 5 doit être hospitalisé, ce qui est impossible dans les pays les moins développés qui font face à une pénurie de personnel médical qualifié.

Ces soins de la dernière chance ont aussi un prix prohibitif (100 à 150 euros par enfant en fonction des pays), qui détourne de cette cause les Etats les plus riches, lassés d’avoir à soigner année après année les mêmes enfants, de débourser sans fin des sommes importantes.

Lors de la conférence internationale contre la malnutrition infantile en Afrique sub-saharienne, organisée par l’Unicef à Paris les 13 et 14 mai, un consensus a donc émergé entre les partenaires sur la stratégie à suivre : il faut prévenir et non guérir la malnutrition aiguë sévère. Il s’agit là de la seule solution viable et durable pour réduire de façon significative la mortalité infantile liée à la malnutrition. Pour la première fois la stratégie fait consensus, mais aussi les outils et la méthode à suivre.

Pendant longtemps s’est posé le problème de la conservation des produits distribués aux jeunes enfants par les associations humanitaires et les Etats. Mais aujourd’hui une révolution technologique a eu lieu, qui, si elle change la donne, demeure pourtant largement ignorée du grand public. Des aliments de supplément prêts à l’emploi ont en effet été développés, qui permettent de stabiliser les apports en lait et micro nutriments, ce même dans des milieux chauds, et sans prendre le risque de contaminer les enfants les plus vulnérables notamment ceux de 6 mois à 2 ans. Une étude réalisée au Niger démontre que les enfants ayant reçu des compléments nutritionnels ont vu leur mortalité réduire de 50%.

Autre élément essentiel : le développement d’une approche intégrée. Nous savons bien qu’il existe une corrélation évidente entre certaines maladies et la malnutrition aiguë sévère, qu’un enfant malade a beaucoup plus de chance de devenir malnutri et que réciproquement, un enfant malnutri se défend moins bien face aux infections, développe des pathologies plus sévères et a donc un risque plus élevé de mourir par exemple d’une simple diarrhée ou d’une infection respiratoire.

La prévention de la malnutrition doit se faire dans le même temps que la prise en charge des soins pédiatriques : détection et traitement précoce des pathologies les plus tueuses et vaccination. De plus, il est plus facile pour une mère devant faire 20 ou30 kmà pied pour aller faire vacciner son enfant, de la convaincre de le faire si elle peut dans le même temps recevoir un complément alimentaire efficace.

Les outils et la méthode ont donc été identifiés et le combat pourrait être lancé sans plus attendre, pourtant des obstacles demeurent, qu’il nous faut maintenant lever. Il s’agit d’abord de simplifier les protocoles de traitement pour arriver à proposer à moindre coût et à large échelle ces services.

Un exemple. Au Niger où ALIMA et son partenaire BEFEN sont présents depuis 2009, certaines familles doivent parcourir plus de15 kmà pied pour atteindre un centre de santé. Il faut donc faire des mères des agents clef de la décentralisation des soins, notamment parce qu’elles sont les mieux placées pour dépister au plus tôt la malnutrition de leur enfant, et permettre ainsi un traitement rapide avant que leur situation ne s’aggrave.

Dans cet esprit, ALIMA et BEFEN ont initié au Niger le programme MUAC (Mothers Understand And Can do it), qui propose un dépistage de la malnutrition aiguë sévère par les mères grâce à l’utilisation du ruban de mesure du périmètre brachial. Ce type d’intervention simple doit être généralisé.

Il faut aussi d’urgence simplifier l’architecture de l’assistance internationale. En effet, la multiplication des programmes internationaux verticaux qui ne répondent qu’à une seule partie des besoins, complexifie considérablement la mise en place d’une offre de soins pédiatrique globale.

Ainsi, le Fonds global propose des traitements contre le paludisme, GAVI rend disponibles des vaccins, l’Unicef apporte les aliments pour la forme la plus sévère de la malnutrition, le Programme alimentaire mondial, pour sa forme modérée… sans que ses acteurs ne puissent développer une stratégie cohérente dans laquelle chaque apport renforcerait l’utilisation des autres composantes. Cet éclatement du système d’aide est dans doute aujourd’hui l’obstacle le plus difficile à surmonter pour des acteurs de terrain comme ALIMA et pour les ministères de la santé des pays concernés.

Mais les obstacles de la prévention de la malnutrition sont également financiers. Les aliments de complément et les soins pédiatriques représentent un coût : environ 100 dollars par an les deux premières années d’un enfant, et des engagements sur des financements à long terme sont indispensables pour mettre en place ces actions.

Mais si de tels engagements étaient pris, on pourrait atteindre en moins de 2 ans des taux de mortalité comparables à ceux des pays développés et des couvertures vaccinales supérieures à 95%.

Pour les plus cyniques, il est peut-être temps de rappeler que la diminution de la mortalité infantile représente selon la Banque Mondiale, un levier de croissance du PIB significatif. Au-delà de cet argument, politiquement, moralement et socialement, il devient inacceptable de ne pas mettre en œuvre des politiques de soins adaptés qui ont fait leurs preuves en sauvant des dizaines de milliers de vie chaque année.

Nous sommes à un tournant de la lutte contre la mortalité infantile. Il faut combiner au consensus sur les actions concrètes à mener une réelle décentralisation des soins vers les mères, un effort de coordination des grandes initiatives de santé globale et un engagement financier significatif lors du G8.

Pour la première fois les solutions existent, les volontés politiques des pays touchés aussi. La balle est dans le camp du nord. Le prochain sommet du G8 à Londres les 17 et 18 juin peut et doit être le moment de ce choix politique.