Une expérience indienne…

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enfant indienPosté à Hyderabad (Sud de l’Inde)... Valérie Puvilland est diplômée d’un master 1 de sociologie (Sorbonne Paris V) et d’un master 2 en sciences sociales mention “solidarité et actions internationales” (Institut catholique de Paris). Elle a effectué un stage de quatre mois à la Fondation Icfai Republic School dont l’un des principaux programmes est la construction d’écoles gratuites pour les enfants défavorisés des bidonvilles… Valérie entend consacrer sa future activité professionnelle à l’étude critique des pratiques de solidarité et de l’action humanitaire. Récit…

A la suite de l’obtention d’un master 2 «solidarité et actions internationales», j’ai pris contact avec une ONG indienne spécialisée dans l’éducation qui a accepté de m’accueillir pour un stage de 4 mois. Icfai Republic School (IRS) est la fondation d’une université privée et son action vise à construire et à diriger des écoles gratuites pour les enfants défavorisés issus des bidonvilles.

L’association compte une dizaine d’écoles qui abritent environ 4000 enfants dans quatre villes indiennes et son siège est implanté à Hyderabad, la «capitale économique» du sud de l’Inde. Les écoliers qui fréquentent les «Republic schools» ont entre 6 et 18 ans et reçoivent un enseignement bilingue anglais.

Ayant une formation universitaire en sociologie, je devais réaliser une étude d’impact des projets de l’organisation sur les enfants. Pour ce faire, j’ai réalisé des entretiens sociologiques auprès de 100 enfants afin de savoir ce que la fréquentation des écoles de l’ONG avait changé (des changements positifs et/ou négatifs) dans leur vie.

Les contours théoriques de mon stage plus ou moins tracés, je me suis rendue à Hyderabad en Janvier 2010. D’abord les écoles construites par IRS sont de belles écoles à plusieurs étages, elles disposent d’un réfectoire, d’une cour de récréation, de laboratoires informatiques et les activités extrascolaires proposées y sont innombrables ; en somme elles n’ont rien à envier à certaines de nos écoles françaises… La politique de la direction est en réalité de faire ressortir le meilleur de chaque élève. Pour cela ils disposent d’un suivi personnalisé et l’accent peut être mis aussi bien sur la danse, que le cricket ou encore la science si ces dernières matières sont les points forts des élèves.

La plupart des élèves des ICFAI schools sont issus de l’enseignement public qui n’est pas de grande qualité en Inde. D’abord les établissements publics sont payants et assez chers, les enseignants sont souvent violents, leur taux d’absentéisme y est très important et la qualité de leur enseignement laisse à désirer. Ainsi, tout au long des entretiens que j’ai mené avec les enfants j’ai été très surprise et surtout très émue d’entendre avec quelle maturité des enfants ayant entre 7 et 10 ans pouvaient parler de l’importance de l’apprentissage scolaire. Ils décrivaient souvent leurs précédentes écoles comme des lieux de stagnation, dans lesquels les instituteurs ne s’intéressaient pas à leurs élèves. Ils relevaient ensuite le contraste avec les écoles de l’ONG soulignant que l’enseignement y était de qualité et qu’ils se sentaient mieux depuis qu’ils ressentaient de vraies évolutions dans leur scolarité.

Ces écoles leur permettent en réalité de retrouver une partie de leur enfance. Souvent issus de milieux très modestes, ces enfants sont sollicités dans la sphère privée pour effectuer des taches d’adultes. Leurs anciennes écoles ne leur accordaient pas de réelles coupures. Ils y étaient souvent battus et ne parvenaient pas à retrouver leur place d’enfants avides d’apprentissage et de loisirs. Les écoles d’ICFAI, fortes de leur connaissance des besoins des enfants savent leur redonner leur innocence. Les enfants parlent d’ailleurs de leurs écoles et de leurs instituteurs avec beaucoup d’amour et d’affection.

J’ai particulièrement apprécié mon séjour dans cette ville car contrairement à mes appréhensions (liées aux multiples mises en garde que j’avais reçues avant mon départ) la pauvreté y est présente mais pas la misère. Les habitants de cette ville disposent d’un niveau de vie relativement correct, les bidonvilles y sont relativement propres, il n’y a que très peu de mendiants dans les rues et aucun enfant. Ainsi, ce type de ville offre une image plus optimiste de l’Inde que Calcutta ou Bombay et permet au visiteur une plus de mieux profiter de la culture indienne. Ma situation était d’autant plus intéressante que contrairement au schéma de l’expatrié qui part dans le cadre d’une mission occidentale secourir les plus démunis, je travaillais dans une ONG indienne qui œuvrait dans une ville riche. Non pas que l’autre modalité aurait été moins intéressante pour moi, mais le fait que les enfants bénéficiaires des écoles disposent d’un minimum vital m’a davantage permis d’accéder à leur univers culturel.

L’Inde est un pays étonnant tant il est riche culturellement. Il possède des qualités innombrables qui en font un lieu exceptionnel dans lequel j’ai réalisé certainement l’une des expériences les plus marquantes de ma vie. Malgré une avancée économique fulgurante ces dernières années, il reste très pauvre et les disparités sociales y sont phénoménales. Néanmoins, l’argent profite petit à petit à une société civile qui se mobilise de plus en plus, menée par des individus qui refusent de reproduire un schéma si inégalitaire. A mon sens, aujourd’hui l’aide que nous pouvons leur apporter est de leur offrir de travailler main dans la main, de leur proposer notre soutien par rapport à notre expérience dans l’aide humanitaire plus vieille que la leur. De leur apprendre des choses, de les éclairer sur les erreurs à ne pas commettre, mais aussi et surtout d’apprendre beaucoup d’eux…