Couverture du livre Israël, l'enfer du décorSébastien Boussois publie aux Editions du Cygne «Israël : l’enfer du décor – Dix ans de radicalisation ». Avec l’autorisation de l’auteur et de l’éditeur, nous publions l’introduction de l’ouvrage.

Le « Printemps arabe » n’est pas qu’un printemps des peuples du Maghreb au Machrek. Il aura une incidence majeure sur l’évolution des relations internationales et notamment des rapports de force entre occident et orient pour les années à venir. Jusqu’à il y a encore quelques semaines, le Proche-Orient avait la lourde réputation de demeurer un éternel archipel d’îlots instables. Il semblerait que la réalité d’une région qui aspire à la démocratie s’éloigne progressivement de l’image véhiculée jusque là. Devrait-on rappeler pourtant que la majeure partie de ces régimes monarchiques ou dictatoriaux cautionnés par les Occidentaux, assuraient jusque là une stabilité intérieure unique, reflet de régimes sclérosés ? Faut-il être inquiet de cette phase de transition ? Le mouvement semble irréversible.

Du Maroc au Liban, de la Tunisie à l’Égypte en passant par l’Iran, les sociétés civiles arabes muselées pendant des décennies s’organisent et tendent désormais à entrer dans un processus durable de résistance et d’aspirations à la liberté et à la démocratie. Ces sociétés qui ont souffert de leurs dirigeants apparaissaient dans l’espace public mondial via les marges comme les réfugiés politiques ou les dissidents mais aussi par des classes moyennes en pleine émergence. Désormais, ils ressurgissent dans l’espace public par les mouvements de masse depuis trois mois. Intellectuels, artistes et figures d’opposition s’organisent contre le pouvoir en place dont la révolution de Jasmin et celle de la place Tahrir n’étaient que les prémisses. Désormais, le Yémen, la Libye et la Syrie s’embrasent sous les coups d’une répression sanglante.

Israël, regarde avec inquiétude le bouleversement de son environnement régional et particulièrement les deux pays avec lesquels il a signé une paix froide : l’Égypte et la Jordanie mais aussi la Syrie qui possède une grande capacité de nuisance via le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais.

En Israël, le lent affaissement de la gauche et l’enracinement de la droite et de l’extrême droite dans le paysage politique reflètent un bouleversement majeur depuis l’échec des négociations de Camp David en 2000. Sébastien Boussois a commencé à étudier la société israélienne en 2000 au moment même du déclenchement de la seconde Intifada sur l’esplanade des mosquées le 29 septembre. À travers ses voyages, il a pu observer la radicalisation progressive de la société israélienne : du lent effondrement du camp de la paix jusqu’à la remise en cause de la politique sioniste en Israël. Au delà de la persistance des menaces extérieures et de la création de nouvelles, comment Israël peut il assurer sa sécurité et la pérennité d’un État à caractère juif et démocratique tout en préservant une cohésion sociale menacée?

Parce que la gauche n’a jamais apporté la paix, parce que la droite a su faire des concessions exemplaires, parce que le camp de la paix a été accusé de soutenir encore et toujours une autorité palestinienne qui n’aurait jamais voulu la réconciliation, l’auteur montre que malgré tout cela, il existe encore des raisons d’espérer un retour à la modération côté israélien, et que des franges actives de la société oeuvrent encore chaque jour malgré l’acharnement de leurs détracteurs à parvenir à une paix juste et durable avec les Palestiniens: ce sont les pacifistes, les historiens et certains intellectuels en guerre contre la droite et l’extrême-droite coalisée.

Ces deux sociétés qui ne peuvent actuellement plus se voir, cachées l’une de l’autre par un mur de huit mètres de haut auront tôt ou tard la nécessité de se reparler, de se reconsidérer à nouveau. La dernière initiative en date d’une poignée d’intellectuels, pacifistes contre leur gouvernement et pour une « Initiative de Paix Israélienne », l’IPI, reprenant notamment le plan de paix arabe proposé par la Ligue arabe en 2002 est un exemple. Israël doit se sauver de lui-même. Ce salut ne viendra que de l’intérieur de sa société.

Editions du Cygne

Sébastien Boussois

Sébastien Boussois

Sébastien BOUSSOIS est docteur en sciences politiques, spécialiste de la question israélo-palestinienne et enseignant en relations internationales. Collaborateur scientifique du REPI (Université Libre de Bruxelles) et du Centre Jacques Berque (Rabat), il est par ailleurs fondateur et président du Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) et senior advisor à l’Institut Medea (Bruxelles).