Darfour : La « collusion » entre médias étrangers et ONG…

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Pour le président El-Béchir et la presse soudanaise pro-gouvernementale, les ONGI et la Cour pénale internationale sont « de mèche »… Le complot est là, dénoncé… Et les médias étrangers sont complices des Organisations non gouvernementales internationales … Reportage dans les arcanes du pouvoir soudanais.

Mercredi 25 mars, dans l’un des bâtiments où se tient habituellement le conseil des ministres… Quelques membres du Congrès National, le parti du président Omar el Béchir, accompagnés d’anciens ambassadeurs du Soudan en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis proposent une conférence-débat sur le thème «l’image du Soudan dans les médias internationaux».

Le docteur Haydar Hassan, ancien diplomate et… ancien footballeur, prend la parole pendant une vingtaine de minutes. Bien connu au Soudan pour avoir marqué le but de la victoire en finale lors de la coupe d’Afrique des Nations en 1970, l’ancien joueur semble être aussi à l’aise sur le terrain que face aux micros. En introduction de son long propos, Hayder Hassan affirme que les grandes agences de presse écrite -AFP, AP, Reuters, United Press, sont les porte-paroles officiels des Organisations non gouvernementales internationales. Les médias internationaux sont l’autre rouage du complot contre le régime soudanais…

C’est la thèse martelée devant un parterre de gens déjà convaincus, y compris de nombreux journalistes soudanais. Parmi eux, cependant, quelques uns tenteront bien de défendre à la fois leur travail et celui des collègues étrangers, mettant principalement en avant les difficultés rencontrées par la profession en terre soudanaise, notamment les difficultés pour se déplacer dans le pays… Mais sur le fond, sur cette prétendue collusion entre médias et ONGI, rien. Les journalistes soudanais n’osent quand même pas défendre l’indéfendable… Pour les autorités, tout est bon pour s’attaquer à ces structures d’aide étrangères, même les médias.

Dialogue entre humanitaires et journalistes au point mort

Il faut dire que depuis l’inculpation par la CPI  du président Omar El Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, les médias soudanais pro-gouvernementaux s’en prennent régulièrement aux ONGI. Les membres de ces organisations sont présentés comme les soldats de l’occident,  les fers de lance d’un néo-colonialisme rampant. Ils ne sont pas là pour aider les populations, ils sont des espions pour le compte des Etats-unis et d’Israël.

Plusieurs journaux soudanais ont publié des déclarations d’intention internes de certaines ONGI anglo-saxonnes dans lesquelles, dès 2005, elles affichaient leur soutien futur à la Cour pénale internationale en cas d’enquête et de procès. A vrai dire, rien d’extraordinaire, aucune révélation. Ces déclarations étaient connues sur la place de Khartoum puisque publiées sur les sites web de ces ONGI. L’Etat soudanais était donc au courant.

Les relations entre médias locaux et ces humanitaires n’ont pratiquement jamais existé. Le dialogue ne s’est jamais engagé. Rares sont les interviews de responsables d’ONGI accordés à la presse soudanaise. Rares sont les responsables d’ONGI invités sur un plateau télé. La méfiance est de mise, elle est réciproque. Une organisation se tient à bonne distance d’un journaliste réputé proche du régime comme d’un autre connu pour être proche de l’opposition… Dans les deux cas, il n’est pas fréquentable, voire même gênant pour une ONGI qui marche «sur des œufs» en permanence pour accomplir sa tâche.

Ces organisations non gouvernementales sont devenues au fil du temps des machines de communication très opaques qui ne répondent aux journalistes qu’avec le feu vert de leur «quartier général», situé dans une capitale occidentale. Souvent le même argument vous est donné : «on ne peut pas parlé car cela pourrait mettre en danger notre personnel et aussi les victimes…» Aussi la seule chance de pouvoir obtenir un jour un peu de «grain à moudre» pour écrire un article, c’est de suivre les activités d’une organisation pour une visite «pub» d’un camp ou d’une quelconque installation… Le journaliste local et le correspondant d’un média étranger sont, là, logés à la même enseigne.

Le résultat est catastrophique. En ne faisant que «communiquer» sans informer, en voulant contrôler l’information et  finalement en prenant la place des journalistes, les ONGI ont construit autour d’elles une forteresse de sacs de sable…

Et pour le pouvoir soudanais il est aisé de faire croire que les journalistes des grandes agences ne sont que les porte-paroles des ONG internationales, car, à dire vrai, c’est presque une réalité : les pauvres agenciers n’ont rarement autre chose «à se mettre sous la dent» que des communiqués de presse, à citer et recopier…

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