Près de cinq ans après une terrible famine, le Niger, pays le plus pauvre au monde, est toujours menacé. En attendant les aides internationales, une consolation déjà : parler de famine n’est plus tabou dans les hautes sphères du pouvoir. Dans le village de Fanaka Koiara, près d’Ouallam (Ouest de Niamey), les frères Abdel Karim et Hamani Harouna se dirigent comme chaque matin vers le champ de la famille. Mais les parcelles de terrain sont accidentées à cause de la sécheresse…

“Cette situation nous rappelle celle de 2005. C’est un vrai cauchemar pour nous”, confie Abdel Karim, amèrement. “Nous n’avons pas de solutions pour le moment”, poursuit-il. Hamani, aussi attristé que son frère, voit d’un mauvais œil l’intervention humanitaire internationale. “Quand les aides affluent cela veut dire que nos problèmes alimentaires persistent”, martèle-t-il. “Il faut qu’on cesse de dépendre des autres”, espère-t-il. Mais, ce ne sera pas pour demain.

L’école du village n’a pu rouvrir ses portes cette année sans l’aide du Programme Alimentaire Mondial (PAM). L’agence onusienne a installé une cantine pour fournir aux écoliers des rations alimentaires sans lesquelles ils ne pourraient suivre leurs cours. “Mais, pendant les week-ends ou les vacances scolaires, on a du mal à subvenir aux besoins alimentaires de nos enfants”, lance Hamani. Le PAM a lancé  un appel pour réunir 182 millions de dollars afin de renforcer ses opérations au Niger. Mais, avec un engagement de nourrir plus de 90 millions de personnes dans 73 pays, le programme onusien risque de ne pas pallier un manque de 96 millions de dollars, rien que pour le Niger.

Plus un tabou, mais…

A Niamey, on parle peu de la famine, le coup d’état du 18 février dernier accaparant l’essentiel du débat dans la ville. Et, même sur les colonnes des journaux de la place, l’insécurité alimentaire sollicite l’attention d’un nombre clairsemé de journalistes. Une consolation, toutefois… Contrairement au Président déchu, Mamadou Tandja qui n’a jamais évoqué publiquement la famine de 2005, le chef de la junte militaire, Salou Djibou, a fait part de son inquiétude de l’actuelle crise alimentaire, dès les premières heures ayant suivi son putsch.

La famine n’est pas à l’ordre du jour du Conseil Consultatif qui assiste le Conseil Supérieur de la Restauration de la Démocratie (CSRD, la junte militaire). Mais, plusieurs de ses membres ne cachent pas leur peur. “Ca devient comme un cercle vicieux”, confie Mustapha Kadhi, l’un des représentants de la société civile au sein du conseil. “Il est temps que le Niger rebondisse et profite à fond de ses ressources naturelles”, ajoute-t-il.

En attendant les aides

La presse locale comme les médias étrangers s’intéressent peu aux prémisses de la famine. La rumeur d’une éventuelle révision des contrats miniers – notamment l’uranium – a été à la une des journaux de la place, tout comme de ceux des principaux pays impliqués au Niger, notamment la France et le Niger. Mais, pas un mot sur la famine. Ou très peu.

Dans quelques semaines, ce sera la période de soudure. Mais, comme il n’y a pas grand-chose à “souder”, les populations optent pour des “denrées” alternatives. En tête de liste, l’anza, un fruit sauvage, fort amer que les femmes cueillent, après une marche quotidienne de plusieurs kilomètres. Dans le village des frères Harouna, l’anza se substitue depuis plusieurs semaines au sorgho et au millet. “Un jour, on mélange l’anza avec du sel. Un autre, avec du sucre pour que les enfants ne s’en lassent pas”, explique Abdel Karim. Mais, la valeur nutritive de l’anza est loin de sauver plus de 7.5 millions de nigériens menacés de famine.

Des alternatives ?

Même le riz qui est devenu, à tort, un symbole de la sécurité alimentaire, n’améliore pas l’état des personnes souffrant de malnutrition. Tout au plus, sert-il à alléger la faim.

Dans la banlieue de Niamey, les chercheurs de l’Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides (ICRISAT) travaillent sur plusieurs projets, avec en ligne de mire le changement des traditions culinaires des populations exposées aux crises alimentaires. “La meringue, explique le Pr. Sanjeet Kumar, expert en sélection des légumes, peut servir de fortifiant, surtout qu’elle contient plus de vitamine C que l’orange, plus de calcium que le lait et plus de fer que la banane”. Son équipe s’attelle, également, à développer de nouveaux systèmes d’irrigation afin de sortir l’agriculture nigérienne et celle des pays voisins de son état archaïque.

Mais, de tels projets, peu médiatisés, nécessitent de grands investissements et surtout un grand effort de sensibilisation quant à leur efficacité et leur pérennité. En attendant, les populations sinistrées demeurent dépendantes des aides. Ce qui est loin de les arranger. “On est plus que des chiffres… On est aussi des êtres humaines”, martèle Hamani.

 

Bassam Bounenni

Bassam Bounenni

Bassam Bounenni est journaliste à Al Jazeera TV.

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