Mozambique et Tanzanie : l’accès à l’information pour les plus isolés et démunis

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Au Mozambique et en Tanzanie, la fatalité ne laisse pas certains les bras ballants. Si une part importante de la population a une vie quotidienne loin d’être facile, des entrepreneurs des médias lancent des initiatives qui leur sont destinées. Et ça fonctionne.

Dans le Sud de la Tanzanie, dans les villes d’Iringa et Njombe, et leurs environs, le Britannique Ben Taylor, arrivé en Tanzanie à la fin des années 1990 en tant que volontaire, a lancé un journal local mensuel, au nom évocateur, Kwanza Jamii (La communauté d’abord en kiswahili, la langue nationale tanzanienne).

Après avoir travaillé dans le domaine de l’eau dans le pays, Ben s’est rapidement rendu compte que les ONG avaient finalement du mal à arriver à des résultats concrets : l’argent des actions de développement est encore trop souvent dilapidé par les autorités dans des initiatives sans réel suivi ou bien à des fins personnelles. Et quand ce n’est pas de l’argent, ce sont les dons de matériel. « J’ai vu un chef de village recevoir des toits en tôle. Il ne les donnait qu’à une condition : que la mère de famille accepte d’avoir des relations sexuelles avec lui », témoigne Ben Taylor qui poursuit : « J’en suis arrivé à la conclusion qu’il fallait un journal pour réduire l’impunité des autorités. Si la population est au courant des agissements et des faits de corruption de certains, ces actes baissent inéluctablement ».

Après avoir démissionné en 2009 de l’organisation qui l’employait (Water Aid), il fonde sa propre structure, Daraja (Pont en kiswahili). Financé par le Fonds tanzanien des médias, le premier numéro de son journal en kiswahili voit le jour en 2010, à un prix relativement modique. Kwanza Jamii vise à surtout toucher les lecteurs des zones rurales, où l’accès aux journaux est très faible. Il parle des problématiques locales en mettant le doigt sur ce qui ne va pas. Histoire de mettre au travail des officiels un peu négligents à la tâche et rendre public leurs mauvaises pratiques. Problèmes dans les cliniques, détournements de fonds publics, violences commises sur les femmes : tous les thèmes sont abordés et certains articles ont même eu des conséquences positives voire inattendues.

Eric Kalunga, chargé de recherches au sein de Daraja, n’en finit d’ailleurs pas de les compter. « A Njombe, par exemple, les problèmes de la gare routière ont été résolus par les autorités après publication. Et dans un village voisin, où la population réclamait dans le journal des réunions d’informations sur le Sida, celles-ci ont finalement eu lieu », citet-il de mémoire, en oubliant pas d’évoquer les producteurs locaux de thé, lésés par les compagnies étrangères sur le prix d’achat, qui ont pu renégocier à la hausse leur salaire. Pour Eric Kalunga, la leçon à tirer de Kwanza Jamii, « c’est le dialogue qui peut se créer entre la population et les leaders pour des désirs de changements ». Les faits lui donnent en effet raison. Ben Taylor, lui, cherche à étendre la zone de couverture de son journal, à augmenter la fréquence de parution et à attirer davantage d’annonceurs. « Tout en faisant le maximum pour ne pas paraitre en retard et ne pas pénaliser nos lecteurs », ajoute-t-il.

Au Mozambique, c’est une initiative quelque peu différente qui a vu le jour dans la capitale Maputo. Erik Charas, un Mozambicain ayant étudié en Afrique du Sud, est le fondateur de l’hebdomadaire gratuit Verdade, distribué les vendredis et samedis à Maputo, et dont les exemplaires partent très rapidement. Signe de l’engouement au sein de la population. Le slogan de Verdade résume à lui seul l’esprit de la publication : la vérité n’a pas de prix. L’idée de la gratuité a fleuri logiquement dans la tête d’Erik Charas en raison de la pauvreté à laquelle fait face une grande partie de la population mozambicaine. « Une famille ne peut pas acheter un journal car ça coûte aussi cher que du pain ou qu’un kilo de farine de maïs. Manger ou lire le journal, il faut choisir », dit-il.

Déterminé à informer la population de son pays, il a dû réunir 500 000 dollars pour lancer son projet. Ce qui, dans le cas d’un pays comme le Mozambique, n’a pas été une chose facile. Aujourd’hui, les annonceurs sont au rendez-vous, tout comme les lecteurs au nombre de 500 000 chaque fin de semaine, faisant de Verdade le journal le plus lu du pays. Le Mozambicain retrouve dans Verdade des informations économiques et sociales lui donnant les clés pour comprendre les enjeux actuels de son pays, dans un portugais accessible à tout le monde.

« Notre combat est d’être du côté de ceux qui n’aiment pas particulièrement le pouvoir en place, de faire entendre leur voix », conclut Erik Charas. Le site Internet de Verdade (http://www.verdade.co.mz/) est par ailleurs l’un des plus consultés du Mozambique.

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