Radios associatives, métissage et intégration

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Par Jacques Soncin… Il y a aujourd’hui en France environ six cents radios associatives, classées catégorie A par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (Csa). Ce qui signifie que la part de la publicité commerciale dans l’ensemble de leur chiffre d’affaires est inférieure à 20 %. Si on y ajoute les radios commerciales indépendantes, c’est huit cents radios de proximité, dont la plupart sont sans buts lucratifs, que compte notre pays.

Nées dans les années soixante et dix, ces stations d’abord pirates puis à partir de mai 1981 radios libres, ont été les voix des sans voix, les lieux de rencontre de toutes celles et tous ceux qui se sentaient les oublié(e)s des médias officiels, radios publiques et radios périphériques. Dès le début de l’aventure, des jeunes, et des moins jeunes, issus de l’immigration ont créé leurs stations à Paris, avec Radio Soleil Goutte d’or ou Radio Beur, à Marseille avec Radio Gazelle, à Lyon, avec Radio Trait d’Union ou à Dunkerque, avec Radio Rencontre.

Ces radios ont joué un rôle fondamental dans deux directions : vers la population française, notamment les plus jeunes, en leur faisant découvrir la culture, l’histoire et la vie des pays d’où vient l’immigration, et envers la population immigrée en lui permettant de connaître ses droits, en la confrontant aux élus de la République, en maintenant le lien avec la culture d’origine et surtout en lui permettant d’exprimer son vécu. Ces missions ont eu une importance décisive dans la transformation de la société française, dans son ouverture au monde et dans l’intégration des enfants nés en France et issus de parents venus d’ailleurs.

Les paroles, même lorsqu’elles sont rudes, la culture, même lorsqu’elle a les accents de la révolte, sont des facteurs incontestables de paix sociale. Et, de fait, les villes où ces radios ont eu une importance plus grande, comme à Marseille, par exemple, n’ont pas connu les violences urbaines qu’on a pu rencontrer dans d’autres régions. D’ailleurs, trente ans après leur apparition, malgré le rouleau compresseur du commercial, malgré les difficultés inhérentes à la gestion des radios associatives, elles sont toujours là nombreuses et fidèles à leurs missions.

L’Etat a pris conscience rapidement de l’importance culturelle et sociale de ce nouveau média. Dès le début des années 90, un partenariat s’est établi entre le Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles (Fas), Radio France Internationale (Rfi), les Radios associatives, l’Institut du monde arabe, la Direction de la population et des migrations (Dpm) et divers ministères pour créer l’Epra (Echange, production radiophonique). Cette structure a permis, à la fois d’archiver les meilleures émissions produites par les radios sur la thématique de l’immigration et, en même temps, de participer au financement de ces radios en achetant les émissions en question. Aujourd’hui, l’Epra en se rapprochant de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (Cnhi) pourrait constituer un véritable pôle de culture, d’information, d’éducation et d’expression sur toutes ces thématiques.

Minorités visibles ?

Dans la période actuelle, où la crise fait les ravages que l’on connaît, ces radios sont les seuls médias où les populations issues de l’immigration et appelées dans une étrange litote canadienne, « minorités visibles », sont réellement visibles. Venues de partout et d’ailleurs, ils et elles sont responsables à tous les niveaux du fonctionnement de ces stations, gestion, technique, information, animation, et c’est aussi ce qui en fait leur importance.

Mais le secteur des radios associatives est maintenant fragilisé. Le fonctionnement du Fonds de soutien à l’expression radiophonique (Fser), qui est l’un des piliers du financement des radios associatives, devient de plus en plus précaire. Le passage au numérique, s’il n’est pas accompagné d’une aide conséquente de la part du gouvernement, provoquera la disparition de bon nombre de ces stations. Enfin, nous sommes dans une période de profonde mutation concernant l’avenir de l’audiovisuel et de l’Internet et les opérateurs associatifs doivent eux-mêmes faire les efforts d’imagination et de synergie pour créer et développer les médias de demain, adaptés à réalité des missions qu’ils se sont fixées et aux révolutions technologiques actuellement à l’œuvre.

Jacques Soncin est consultant, Directeur de publication de Fréquences libres

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