Sama, chrétienne à Bagdad…

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Ces dernières années, les chrétiens ont fui Bagdad en masse. Enlèvements, menaces, attentats suicide, ils étaient l’une des cibles favorites des terroristes. Aujourd’hui, la situation s’apaise. Les violences n’ont pas cessé, mais les chrétiens se disent des victimes comme les autres Irakiens.

Jupe noire aux genoux, petit chemisier à pois, Sama sort de l’église en tenant sa fille ainée par le bras.  Aucune ne porte le voile. Cela fait près de trois ans qu’elle retourne à la messe tous les dimanches. Toujours à l’église sainte Marie de la Délivrance. Jusque là, elle avait trop peur d’afficher sa religion. Trop peur des prises d’otages. Ce matin, ils sont une vingtaine à s’être déplacés. Ce soir, l’église sera remplie.

Devant l’église, une dizaine de militaires montent la garde. Les rues autour sont bloquées par de grands et imposants murs anti déflagration. Depuis 3 ans et suite aux nombreuses prises d’otages visant des chrétiens, le gouvernement irakien a mis en place des équipes de protection autour des sites religieux. Mais pas aux abords des habitations des chrétiens. Après avoir remercié le prêtre, Sama rentre chez elle, en taxi.  Dans la rue, elle croise sa voisine, vêtue d’une longue abaya noire, le visage caché sous son voile. « On est les seuls chrétiens dans le quartier. Alors on est les seules pas voilées. Mais aujourd’hui, ça va. On n’a plus peur. Moins peur plutôt.» Sama est arrivée en Irak en 1985. Née dans le sud de la Turquie, elle y a grandi, y a fait des études d’ingénieur, et y a rencontré son mari, un ingénieur irakien en vacance.

Alors elle l’a suivi. «J’ai découvert le pays. J’ai découvert Bagdad.  Je ne suis jamais retournée en Turquie. Ma famille est morte. Maintenant, je suis Irakienne. Au moins dans le cœur. Et ce, malgré tout». Malgré quoi ? Malgré la terreur, les prises d’otages, les attaques terroristes, les menaces permanentes…

Dans le salon, pas d’électricité. Malgré la chaleur, pas de générateur privé et pas de climatisation. «Je ne travaille plus depuis 4 ans. Mon mari non plus. Aujourd’hui, le chômage frappe tout le monde à Bagdad. Toutes les professions. On n’a plus besoin d’ingénieurs comme avant.» Dans le fauteuil derrière elle, Louis, son fils ainé, est le seul à avoir un emploi. Depuis trois mois, il travaille à la raffinerie Daura, la seule raffinerie de Bagdad, un lieu stratégique. Et dangereux.

Dans le salon, plusieurs tableaux représentant la vierge Marie ou Jésus Christ. «On trouve ça à la boutique de l’église. Il y a aussi des bijoux, des sacs,  beaucoup de choses en fait.» Au total, ils seraient plusieurs dizaines de milliers à  tenir bon, à continuer à vivre une vie presque normale à Bagdad. Et quelques 500 000 dans tout l’Irak. Aujourd’hui, les chrétiens d’Irak ne représentent plus que 2% à peine de la population. On est bien loin des quelques 1,2 millions de chrétiens présents à la fin des années 80. Politiquement, ils ne pèsent pas lourd. Et n’occupent que des postes mineurs au gouvernement.

Ils étaient bien plus nombreux il y a une trentaine d’années. Mais depuis la chute du régime de Saddam Hussein et la montée en puissance des mouvements islamistes, cette communauté est victime d’une véritable hémorragie. Cela a commencé à Bassorah, où les chrétiens s’étaient installés pour ouvrir divers commerces et en particulier des magasins vendant de l’alcool. On comptait quelque 500 familles au début des années 1970. Victimes d’attentats, ils ont tous fui.

A Bagdad et Mossoul, l’implantation chrétienne remonte au premier siècle de l’ère chrétienne.  Mais cela ne leur a pas épargné les violences qui ont suivi l’arrivée des Américains en 2003. Petit à petit, les distinctions entre confessions se sont accrues. Mais uniquement entre musulmans sunnites et chiites. Les chrétiens jouant le rôle de la minorité tampon.

“Personnellement, je n’ai jamais été menacée. En fait, je me sens une cible, une victime potentielle, comme ma voisine, comme tous les Irakiens. Le restaurant où je vais me rendre peut être visé, une bombe peut exploser n’importe où. Aujourd’hui, la situation s’est un peu apaisé. C’est moins dangereux qu’il y a 3 ou 4 ans. Mais quand meme. Mes filles ne sortent pas. Sauf pour aller à l’école. Je les accompagne et si ce n’est pas le conducteur de bus que je connais, elles ne montent pas. Même moi, je sors juste pour aller faire les courses et pour aller à l’église. Pas encore de promenade. Pas de loisirs.” Sama va chercher une bouteille dans la cuisine. “Je fabrique mon propre alcool pour les fêtes religieuses. Avant j’invitais mes voisins pour partager ces moments. Aujourd’hui, on ne s’invite plus.”

172 journalistes tués

L’Irak est le conflit le plus sanglant pour les journalistes depuis la guerre 1939-1945, avec 172 journalistes tués, envoyés spéciaux et journalistes Irakiens. Si on y ajoute le nombre de collaborateurs de médias tombés dans des attentats (fixeurs, interprètes, chauffeurs etc.), ce chiffre est de 230. Ce bilan est établi par Reporters sans frontières. Le dernier journaliste irakien mort dans un attentat est Ryad al-Saraï de la chaîne publique Al-Iraqiya. Journaliste politique, Ryad al-Saraï présentait aussi des émissions religieuses où il tentait de faire dialoguer entre eux sunnites et chiites. (Source RSF)

30.000 détenus sans procès

30.000 personnes sont détenues sans procès dans les prisons irakiennes. Les forces américaines, dans leur processus de désengagement, ont transféré des milliers de détenus aux Irakiens. Dans les prisons, la torture est pratiquée pour obtenir des aveux, fondement d’une preuve de culpabilité selon les tribunaux du pays. Ces transferts de prisonniers aux Irakiens se font «sans garantie concernant la torture et les mauvais traitements» dénonce Amnesty international dans un rapport intitulé «Nouvel ordre, mêmes sévices : détentions illégales et torture en Irak.» (Amnesty international)

Le Blog d’Edith Bouvier