L’après-séisme : une « nouvelle » Haïti ?

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Haïti va-t-elle devenir le symbole de notre fragilité ? Dramatique ironie du sort, c’est seulement quelques semaines après l’échec du Sommet de Copenhague consacré à l’avenir de la planète que la terre s’est fracassée en Haïti… 60 secondes,  au moins 200.000 morts selon un dernier bilan, 300.000 blessés… Le drame agit comme un miroir et nous renvoie à notre condition d’être humain, au-delà des différences culturelles, religieuses et politiques… Une fois ce discours «servi», fait de bons sentiments et d’images télé, que dire ? Que faire surtout ?

Les nations du monde entier, encore aujourd’hui et pour de très longs mois, sont au chevet de l’île. L’émotion suscitée et les moyens de secours déployés sont sans précédent. Les engagements futurs de la communauté internationale le seront aussi, nous assure-t-on. La conférence de New-York, en mars prochain, ne devra pas être une mise sous tutelle d’Haïti.

ll ne faudrait pas oublier que dans les premières heures, dans les premiers jours, ce sont des Haïtiens qui ont porté secours à d’autres Haïtiens. Il faudra au contraire s’appuyer sur cette société – cette société civile, dont les réseaux sociaux et religieux ont une nouvelle fois prouvé leur efficacité et leur intelligence. Les médias ne se sont pas appesantis sur ces solidarités qui ne font pas de bruit.

La conférence de New-York, enfin, ne devra pas se réduire à une conférence de donateurs. Mais poser le constat suivant : pays riches et pays pauvres ne sont pas égaux face à une catastrophe de ce type. Le drame permanent, c’est la pauvreté. Près de 80% des Haïtiens vivent avec à peine deux dollars par jour.

Le président René Préval ne s’y est pas trompé lorsqu’il a évoqué la reconstruction d’un Etat de droit démocratique, respectueux des droits de l’homme. Sur le «papier», les objectifs de la communauté internationale sont fixés : renforcer la bonne gouvernance, réduire la pauvreté, rétablir un Etat de droit.

Balayons d’une main certaines propositions un peu «folles», comme celle d’Abdoulaye Wade qui a proposé aux Haïtiens de quitter leur pays. «L’Afrique offre des terres au peuple haïtien» a osé le président sénégalais. Ou cette autre de Régis Debray qui, cette fois, aura manqué de pertinence en proposant de déclarer Haïti «pupille de l’humanité» (Le Monde, 20 janvier 2010).

Ecoutons les Haïtiens, comme Claude Prepetit. Il est ingénieur géologue du Bureau des mines et de l’énergie haïtien : « Il faut dépeupler Port-au-Prince, où s’entassent  2 millions de personnes, 26 % de la population haïtienne, sur une surface de 500 km2 émaillée de 38 bidonvilles, dit cet expert. Il faut penser à Haïti et pas seulement à Port-au-Prince. Il faut prendre son temps pour reconstruire la capitale et fixer les gens en province en créant des infrastructures et des emplois pour qu’ils y restent. L’éducation peut sauver des gens, c’est l’ignorance qui tue ». Claude Prepetit, jusqu’à ce 12 janvier, prêchait dans le désert…

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn

Jean-Jacques Louarn est journaliste à RFI.