Isanganiro, le dialogue plutôt que la force…

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Isanganiro, une radio burundaise, résiste aux pressions du gouvernement, tout en prônant la liberté d’expression pour résoudre les conflits entre communautés. La radio burundaise Isanganiro fêtera ses dix ans d’existence l’an prochain. Le régime burundais, s’il ne rend pas le travail des journalistes facile, pousse Isanganiro (« Point de rencontre » dans la langue nationale, le kirundi) à tenir bon sur ses fondamentaux : dialogue, paix et réconciliation. Créée en novembre 2002 à l’initiative de journalistes du Studio Ijambo, un studio œuvrant dans le domaine de la résolution des conflits par la radio, Isanganiro a toute vocation à exister au Burundi.

Même si la guerre est officiellement terminée depuis une décennie, des foyers de rebellions perdurent en effet dans les marais du lac Tanganyika, non loin de la capitale Bujumbura. Certains assassinats et disparitions inexpliqués, perpétrés l’an passé, laissent peser des doutes. Isanganiro travaille donc à la réconciliation des différentes communautés, avec son slogan qui résonne en ce sens : « Le dialogue vaut mieux que la force ».

Si les émissions enregistrées au temps du Studio Ijambo pouvaient parfois déplaire au régime et connaitre la censure, ce n’est plus vraiment le cas à présent. Isanganiro est un exemple pour la transparence et le renforcement de la démocratie au Burundi. Loin d’être à la botte du pouvoir, elle ne recule pas devant la médiatisation de certaines affaires (corruption, malversations…). Ce qui peut parfois irriter le régime du président Pierre Nkurunziza, réélu l’an passé. Rien que cette année par exemple, le rédacteur en chef Patrick Mitabaro a été convoqué au Tribunal de grande instance de Bujumbura et l’un des correspondants dans l’une des provinces a été arrêté. Dans un article publié sur son site fin juillet, l’ONG Reporters sans frontières écrit ainsi que ces faits relèvent du « harcèlement ».

Les années se suivent et se ressemblent en effet pour les journalistes et medias privés au Burundi. En 2003 déjà, la radio avait cessé d’émettre durant une semaine, sur décision du ministère de la Communication, après avoir diffusée l’interview du porte-parole des Forces nationales de libération (FNL, un groupe d’opposition armée). En novembre 2006, le directeur était incarcéré. Auparavant, un mail envoyé par le gouvernement à la rédaction réclamait la fermeture du site isanganiro.org : « Soit vous fermez de votre propre gré, ou on sera obligé de vous y forcer par tous les moyens. On vous donne maximum un mois, passé ce délai, gare à ce qui vous arrivera ». Le site existe toujours, et Isanganiro est même devenue la première radio du Burundi à émettre sur Internet. Autant d’évènements qui, selon certains du staff de la radio, ont renforcé leur volonté d’informer et donné du crédit à leur travail.

L’équipe de la radio Isanganiro, composée d’une quinzaine de journalistes, se démène malgré des conditions de travail délicates. Les coupures de courant récurrentes, en plus d’« embouteillages » à l’heure de pointe en salle de montage, ne rendent pas la tâche aisée. « Nous sommes heureusement complémentaires, remarque le rédacteur en chef Patrick Mitabaro. C’est l’une de nos forces. » La radio Isanganiro est en tout cas très populaire auprès des Burundais. Neutre ou objective, elle séduit toutes les tranches d’âge qui se retrouvent sur les ondes, avec des émissions consacrées à leurs préoccupations. « Les enfants viennent ainsi parler de leur vie de tous les jours. Ils sont libres de dire tout ce qu’ils veulent », souligne le rédacteur en chef.