L’Amérique latine à l’heure des comptes… et des tournants ?

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La possible succession d’Hugo Chávez au Venezuela focalise les attentions à l’entame de l’année 2013. Elle pourrait modifier, à terme, le cadre de gouvernance développé par le chef de la Révolution bolivarienne depuis 1999. Ailleurs sur le continent, plusieurs scrutins clés sonneront l’heure des comptes entre gouvernements et sociétés civiles.

La perspective de voir Hugo Chávez inaugurer un nouveau mandat, le 10 janvier 2013, semble s’éloigner au fil des dernières nouvelles distillées sur son état de santé depuis Cuba, où il est hospitalisé. Insolite situation où un chef d’Etat que l’on savait déjà aux prises avec la maladie remporte haut la main la dernière course présidentielle, le 7 octobre dernier, et gagne un nouveau plébiscite deux mois plus tard, à l’issue d’un scrutin régional propulsant le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) à la tête de vingt des vingt-trois Etats du pays. Le triomphe des urnes aussi vite sapé par les bulletins médicaux, la question de l’avenir du processus “bolivarien” – économie rentière assujettie à une politique sociale ambitieuse  – se pose au-delà même de la succession. Non tant dans son principe que dans sa conduite.

Nul doute que l’actuel vice-président Nicolás Maduro, déjà en situation d’intérim, assumerait en cas d’élection le cap tenu pendant plus d’une décennie par son mentor. Mais l’ancien conducteur de métro et syndicaliste, ancien parlementaire, dégage un profil politique bien plus conventionnel que l’ancien militaire, mû par la mystique de la communication directe avec le peuple. Echappant à toute classification habituelle, le modèle de gouvernance développé par Hugo Chávez a fédéré autour d’un seul des centres de pouvoir traditionnels souvent court-circuités (parlement, gouvernement, administrations), et une base militante à vocation délibérative parfois en opposition vis-à-vis des premiers. Cet équilibre tiendra-t-il sans l’adhésion suscitée par une figure charismatique qui ne peut, par définition, transmettre son aura à quiconque ? L’héritage d’Hugo Chávez divisera sans doute, mais cette division pourrait aussi donner de nouvelles latitudes à une société civile que le président bolivarien n’a guère envisagée ni tolérée hors de ses propres cercles partisans.

Tensions post et pré-électorales

Dans d’autres pays, à l’inverse, c’est une société civile encore morcelée et fragile qui devra tenter de (re)prendre pied dans l’espace politique dont elle a longtemps été exclue. La perspective fait craindre d’importantes tensions à l’horizon 2013, notamment chez les futurs convoqués aux urnes. Un véritable test de survie démocratique se pose à l’occasion des scrutins attendus respectivement au Paraguay et au Honduras les 21 avril et 10 novembre prochains. Rien n’indique que ces séquences électorales solderont les effets des récents coups d’Etat survenus dans ces deux pays , où les conflits politiques et sociaux perdurent autour de l’éternel enjeu de la réforme agraire. L’ancien président paraguayen Fernando Lugo, de passage à Quito au mois de décembre, a lui-même déclaré que les échéances de 2013 ne “blanchiraient pas” la destitution dont il a été victime, au mépris des règles, le 22 juin 2012. Le Frente Guasu de l’ancien évêque des pauvres saura-t-il coaliser en force alternative des oppositions au nouveau pouvoir souvent tenues en marge du jeu politique ?

La question se pose de la même manière au Honduras pour le Parti liberté et refondation de Xiomara Castro, épouse du président Manuel Zelaya renversé le 28 juin 2009, dont la plupart des cadres – leaders syndicaux, défenseurs des droits de l’homme, dirigeants paysans – partent pour la première fois à l’assaut d’institutions verrouillées.

Le Chili votera, quant à lui, une semaine après le Honduras. Le nom de l’ancienne présidente Michelle Bachelet (2006-2010) est déjà cité comme successeur probable du conservateur Sebastián Piñera, dont les quatre années à La Moneda ont été fortement ébranlés par l’agitation étudiante (). Au-delà de la revendication sectorielle, ce mouvement a porté le débat sur l’héritage de la dictature que la Concertation démocratique – dont Michelle Bachelet est issue – ne pourra éviter en cas de retour au pouvoir.
Le poids des organisations citoyennes reste enfin à confirmer au Mexique, usé par six années d’extrême violence et à peine remis d’élections controversées (cf. précédent lien), et la Colombie, engagée dans un nouveau processus de conclusion d’un conflit armé vieux d’un demi-siècle () mais toujours minée par le narco-paramilitarisme. Dans les deux cas, au moins, une paix formelle sans les citoyens n’imposerait qu’un sursis aux vieux démons régionaux.

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